Kickstarter, ou l’économie de l’empathie

Moi aussi j’ai donné de l’argent à un millionnaire, et alors ?

Il y a quelques temps, je suis tombée sur cet article, accusant Zach Braff d’avoir rejoint le club des « Kickstarter abuser », que son auteur définit ainsi : « a Kickstarter abuser is a well-known person who has the financial means and/or profesionnal connections to fully fund their project without asking their fans for money but asks anyway ». Bon nombre de célébrités seraient concernées, parmi lesquelles Zach Braff.

Certes, Zach Braff est certainement millionnaire, et je me doute bien qu’il avait probablement d’autres moyens de financer son film.
Mais voilà, j’ai vu Garden State je ne sais combien de fois quand j’étais ado, et Zach Braff me faisait aussi beaucoup rire dans Scrubs. La vidéo de son pitch sur Kickstarter est marrante, m’a donné envie de donner un peu de sous, en échange de quoi j’aurai droit à un screening du film en avance et quelques goodies. En soi, le mécanisme me semble assez proche d’une précommande, à part que la contribution permet de financer le film au lieu d’être encaissée une fois le film sorti en salles. Pour moi c’est simplement une marque de soutien envers un artiste, je ne comprends pas vraiment qu’on puisse lui en vouloir d’avoir demandé des fonds par cette voie. Et puis si donner de l’argent rend les gens heureux, laissons-les donner, non ?

Un don en entraîne un autre (je vous assure, j’ai testé)

I Wish I Was Here est le premier projet que j’ai financé sur Kickstarter, j’en suis à 5 aujourd’hui (Et en pas très longtemps – oui oui voilà que je me prends pour une mécène maintenant…). Parce que je reçois fréquemment des updates des projets que j’ai backés, je vais de plus en plus souvent sur Kickstarter, et en flânant sur le site je trouve souvent des projets qui me plaisent. Je ne pense vraiment pas que les projets des pseudos « abusers » fassent de l’ombre aux autres projets sur la plateforme, bien au contraire. Ces gros pledges ont contribué de façon non négligeable à accroître la notoriété du site, et je ne pense pas être la seule à être entrée dans le « jeu » du financement de projets après avoir backé le film de Zach Braff. Si des projets d’une telle ampleur parviennent à faire venir plus de monde sur le site, alors il faudrait plutôt les remercier que de les accuser quoi que ce soit.

Mais au fond, pourquoi donne-t-on sur Kickstarter ?

Plutôt que de demander aux gens pourquoi ils donnent leur argent à des riches, il me semblerait plus intéressant de leur demander pourquoi ils donnent (tout court).

Je me suis rendue compte qu’à l’exception du film de Zach Braff, je n’ai financé sur Kickstarter que des documentaires. D’une part, parce que je suis particulièrement sensible au film en tant que mode d’expression (j’avais été particulièrement touchée par Garden State pour la justesse des relations et sentiments retranscrits dans le film). Mais surtout, parce que tous défendent des causes qui m’interpellent ou qui me sont chères, et que je suis heureuse de pouvoir contribuer, même de façon minime, à la réalisation de ces films qui permettront un jour de porter à la connaissance du public des messages auxquels je crois.

Alors que je cherchais à comprendre les raisons pour lesquelles on donne (pas forcément sur Kickstarter), un ami m’a envoyé cette vidéo, qui place le concept d’empathie au centre des relations humaines :

Alors que le XXe siècle était celui de l’introspection, le XXIe siècle est celui de l’ »outrospection », de la curiosité, de l’ouverture aux autres. L’empathie cognitive permet d’entrer dans le monde de quelqu’un d’autre, de comprendre son point de vue, ses croyances, et ainsi de mettre fin aux présupposés sur les gens et d’aller au delà des étiquettes qu’on leur attribue.

Ce qui pousse à faire quelque chose pour l’autre (sans en attendre quoi que ce soit en retour), c’est peut-être justement cette empathie, le don devenant alors une marque d’approbation d’une manière de penser ou d’agir. Que ce soit pour Alex qui fait du recyclage d’objets son mode de vie, ou pour Stacey qui souhaite réaliser un documentaire sur des enfants élevés dans des familles « non-traditionnelles » afin de sensibiliser les gens et de promouvoir la tolérance des différences, je ressens une véritable empathie qui m’a poussé à soutenir leurs projets respectifs.

Si cette empathie pousse à donner, c’est aussi celle qui me fait croire à la force d’un film documentaire : exposer à la vue de tous le quotidien de personnes différentes, leurs expériences, leur façon de penser, leurs opinions, leurs sentiments, afin de faciliter la compréhension, puis l’acceptation de points de vue différents.

Aujourd’hui, je donne pour que des gens dont je partage les convictions puissent s’exprimer et les diffuser. Je regrette de ne pas avoir financé la Pebble – qui selon moi est le précurseur de la montre du futur (et que si je la commande maintenant je ne l’aurai pas avant au moins un an..), et je reste en permanence à l’affut de projets innovants ayant vocation à améliorer nos modes de vie actuels. Demain, j’espère que je pourrai financer la commercialisation de l’imprimante 3D qui permettra au mouvement des makers de véritablement prendre son envol.

Et vous, donnez-vous sur Kickstarter ? Pour quels types de projets ?

NB : Tout ceci étant dit, I Wish I Was Here a vraiment intérêt à être bien, sinon je risque de beaucoup en vouloir à ce cher Zach !

Quand la création collaborative se met au service de la production de films

La start-up de financement collaboratif Kickstarter a beaucoup fait parler d’elle ces derniers temps grâce au succès de la montre Pebble, détenant depuis mai dernier le record du projet ayant levé le plus de fonds sur la plateforme (10 millions de dollars levés auprès de 69 000 personnes en un mois pour un objectif initial de 100 000 dollars – la page du projet est encore disponible ici). A présent, c’est au tour du projet du stylo d’impression 3D 3Doodler d’enthousiasmer le web, puisqu’en à peine un jour le projet a déjà levé 900 000 dollars (pour un objectif de 30 000 dollars).

Ce qui fait un peu moins de bruit, c’est l’importance croissante de la plateforme de crowdfunding dans le financement de films. Et pourtant, cette année comme l’année dernière, 10% des films sélectionnés à Sundance étaient – au moins partiellement – financés par Kickstarter. Ces films n’ont d’ailleurs pas seulement remporté l’adhésion de supporters en ligne mais également celle des critiques : Blood Brother, financé via Kickstarter et Indiegogo, a remporté le mois dernier le Grand Prix du Jury de Sundance, tandis que trois films (Kings Point et Inocente dans la catégorie des Documentaires et Buzkashi Boys dans celle des Courts-Métrages) financés via Kickstarter figurent dans la liste des nominés aux Oscars. Un de ces films aura-t-il droit à son Oscar dimanche (ça suffirait peut-être à me consoler de celui qui a de grandes chances d’être remis à Argo…) ?

On entend souvent des grands noms de l’industrie du cinéma (rappelez-vous Christopher Dodd, PDG de la Motion Picture Association of America et son tristement célèbre Stop Online Piracy Act – à ce propos, ils auraient récemment décidé d’abandonner toute législation sur le sujet et de chercher d’autres voies pour combattre le piratage  ) se lamenter sur le fait que le web a provoqué le développement du piratage de films (sans prendre la peine de mesurer l’impact positif qu’il a eu sur les ventes digitales de ces mêmes films). Il serait aujourd’hui temps de reconnaître l’impact de ces levées de fonds permises par le web sur la création même de nombreux films. Voilà à présent trois ans que le Sundance Institute et Kickstarter ont annoncé leur partenariat. Et ces trois dernières années, le site a permis de lever plus de 100 millions de dollars pour financer des projets vidéos (longs et courts métrages, webséries, documentaires, etc.) auprès de 900 000 « backers » (plus de chiffres ici.)


Dans cet article paru sur Mediadecoder, David Carr compare Kickstarter à un studio, « sans les egos » des studios : contrairement à ce qui se passe avec les studios, le greenlight donné à un film ne vient pas directement de Kickstarter mais d’une communauté d’individus prêts à payer (même des petites sommes) pour permettre au film de voir le jour. Par le biais de Kickstarter, les réalisateurs peuvent enfin s’adresser directement à leur public et pitcher leur film tout en conservant leur indépendance. Et comme pour tous les projets Kickstarter, les promesses de dons ne sont versées que si l’objectif fixé initialement est atteint. « Kickstarter représente en quelque sort le triomphe des petits nombres », nous dit David Carr. A mon sens, Kickstarter marque surtout l’avènement d’un nouveau modèle de production prenant son sens non plus dans la consommation qui en découle mais bien dans son processus de création même, ce processus de création participative permettant à chacun d’apporter sa contribution.

J’aime l’économie collaborative (j’en parle ici et par exemple), et j’aime le cinéma. Quand les deux se rencontrent, ça donne toute une flopée de très beaux films. Alors vraiment, merci Kickstarter.

Si vous avez un peu de temps je vous invite à lire cette interview de Perry Chen, fondateur de Kickstarter – je crois que j’aimerais beaucoup le rencontrer.

Et pour finir, la très jolie bande-annonce de Blood Brother :

Blood Brother Trailer from Blood Brother on Vimeo.

Je crois qu’on veut m’empêcher d’aller voter cette année…

La semaine dernière, j’ai enfin posé ma première semaine de congés pour partir en vacances fin avril. Toute contente, j’update mon agenda et là je vois que j’avais déjà mis sur la date du 22 avril « Premier tour présidentielles » pour ne pas oublier d’aller voter. Et mince.
Je me dis donc, pas grave, je vais faire une procuration. Après avoir cherché la procédure sur le site de la mairie de Paris, j’envoie un texto groupé à mes amis vivant à Paris : « tu votes où ? », et après avoir reçu en retour des noms de ville de toute la France, une amie finit par me répondre Paris. Ouf, sauvée.
Il ne me reste plus qu’à trouver un commissariat pour aller faire cette fameuse procuration. Et je me dis, facile, Boulevard de l’Hôpital il y a un énorme commissariat devant lequel je passe tout le temps pour aller au cinéma des Gobelins. Petite recherche Google pour trouver les heures d’ouverture dudit commissariat : j’ai ainsi appris grâce au premier résultat – Le commissariat du 13e arrondissement de Paris dévasté par un incendie – qu’il avait brulé la veille. Raté.

Crédits photo A. Gelebart / 20 Minutes

Ne perdant pas ma motivation pour autant, j’entreprends de trouver un autre endroit pour faire ma procuration. Ce matin, je me présente donc à une permanence procurations :
- Bonjour, je viens faire une procuration pour les élections
- Oui, vous avez une pièce d’identité ainsi que toutes les informations nécessaires concernant la personne qui va voter pour vous ?
- Oui, oui, s’il manque quelque chose je pourrai toujours l’appeler
- Cette personne vote-t-elle bien dans le même bureau de vote que vous ?
- Euh, ben, non mais elle vote à Paris et j’ai vu sur le site que…
- Ah bah non, il faut que la personne soit inscrite dans le même bureau de vote que vous, votre bureau est écrit sur votre carte d’électeur
- Mais je ne connais personne d’autre dans le XIIIe, et j’avais bien lu qu’il suffisait que la personne vote dans la même ville, pas forcément dans le même bureau…
- Pourquoi vous croyez qu’on a divisé Paris en arrondissements ? (véridique, si au moins j’avais connu la réponse à cette question j’aurais pu lui répondre mais là…) Désolée mais là je ne peux rien faire pour vous, il faut que vous trouviez quelqu’un qui vote dans le même bureau que vous
Et moi de repartir bredouille. Après vérification sur le site de Paris, il est bien écrit noir sur blanc qu’il n’est pas nécessaire que le mandataire soit dans le même bureau de vote (c’est même écrit en gras…).
En attendant, je n’ai toujours pas ma procuration…

L’ère du « tout maintenant » nous rend-elle plus heureux ?

Alors que j’étais tranquillement sur mon ordinateur avec la télé allumée en fond, j’entends « la nouvelle Fiat 500 à 149 euros par mois sans apport ». Dit comme ça, ça n’a effectivement pas l’air très cher. Pour combien de temps, pour quel prix total, ça on ne le sait pas vraiment – pour cela il aurait fallu lire le message qui défilait en bas de l’écran, et j’ai levé la tête trop tard pour pouvoir le faire. Le message que je retiens, c’est donc que je peux potentiellement avoir une voiture pour 149 euros par mois.

A en croire toutes nombre de publicités, l’achat à crédit est devenue monnaie courante. « Achetez maintenant, payez dans trois mois », « votre télévision à 19€… par mois, pendant 5 ans », etc. Et c’est vrai que c’est tentant : pour acheter mon premier iPod, j’ai dû mettre de côté l’argent que je gagnais grâce à mes heures de baby-sitting & co pendant de longs mois, afin de réunir péniblement la somme de 319€ (et oui, c’est le prix que le petit nano coûtait à l’époque, et pour seulement 4 Go…). Si j’avais pu l’acheter à crédit, quelques petites heures de baby-sitting m’auraient déjà permis de profiter de l’objet tant convoité, avant de le payer… plus tard.

De mon côté, je n’ai encore jamais acheté de « bien de consommation » à crédit. J’ai tendance à préférer économiser toute seule dans mon coin avant d’acheter quoi que ce soit. Pourquoi ? Tout d’abord, parce que j’avoue que ça me fait assez peur. Je n’aime pas être engagée (un grand merci à Xavier Niel grâce à qui on n’est dorénavant plus obligé de s’engager pour son forfait mobile – en revanche pour l’achat du terminal qui va avec, on a le droit à… un paiement en 24 à 36 mois… hum, hum), et le fait de devoir payer pendant des années pour un bien qui sera déjà obsolète à l’heure où j’aurai fini de le rembourser ne m’enchante pas vraiment. Mais aussi, parce que je change d’avis suffisamment souvent pour ne pas souhaiter renoncer à ma capacité de le faire. Economiser, c’est se donner le temps de réfléchir, de se poser des questions, et parfois de renoncer à un achat compulsif ou à une lubie. Acheter à crédit, c’est élargir considérablement le champ de ses achats possibles, parfois à raison, parfois à tort.

Je suis sûre que l’achat à crédit a sans doute permis à un tas de personnes de subvenir à des besoins essentiels, ou quasi-essentiels – peut-être qu’un couple aura ainsi pu acheter une poussette (sérieusement, ça coûte un bras ces trucs) pour son bébé, qu’un étudiant aura pu s’offrir un ordinateur pour ses études, et je ne sais quoi encore. Cependant, je reste encore largement dubitative sur les bienfaits d’une communication de plus en plus orientée vers ce mode de paiement – la possibilité de pouvoir acheter (presque) tout immédiatement est-elle réellement bénéfique ? Sait-on encore attendre ?

149€ / mois le pot de yaourt, c'est pas donné !

Photo : © Fiat Marseille

Merci TF1, j’ai eu ma dose de culture populaire pour l’année

Hier soir au restaurant, j’ai eu l’occasion de combler mes lacunes en « culture populaire » en regardant les NRJ Music Awards. Bon, je me permets juste une petite digression pour expliquer la phrase précédente – le restaurant en question était le japonais Kim, rue Port-Mahon, et outre le fait que le service y est très aimable (avec en prime chips de crevette et jus de litchi en entrée, et fruits à partager en dessert), il y a une télévision, qui était allumée hier pour cette grande occasion que sont les NRJ Music Awards.

J’ai ainsi pu découvrir – non sans douleur – que parmi les « révélations françaises de l’année » figuraient l’éternel David Guetta (aux côtés de sa tout aussi éternelle dulcinée Cathy qui décidément a l’air de rajeunir de jour en jour) et Christophe Maé (qui ne l’oublions pas, est tout de même Chevalier des Arts et des Lettres) aux côtés de toute une flopée d’ « artistes » dont je n’avais jamais entendu parler (en vrac : Bruno Mars, Mickaël Miro, Elisa Tovati, ainsi que la chaudasse de l’année Shy’m vêtue – ou presque pas en fait – de tenues ô combien douteuses. NDLR : j’avoue avoir triché et regardé les noms que je viens de mentionner – que j’avais déjà oubliés – sur le site des NRJ Music Awards…). Parmi les événements marquants de cette soirée, le groupe le plus beauf de l’année, j’ai nommé LMFAO (Laughing My Fucking Ass Off – ah ah qu’ils sont drôles…), a raflé une bonne partie des prix, tandis que Justin Bieber recevait déjà son Award d’honneur à 17 ans, la pauvre Mylène Farmer n’ayant droit au sien qu’à 50 ans (Edit : en fait c’est un Award de diamant qu’elle a reçu, la veinarde).

La télévision reste aujourd’hui le moyen de communication de masse le plus répandu et le plus accessible. Alors qu’à l’origine, elle était perçue comme un instrument d’information et une fenêtre d’ouverture sur le monde, elle est devenue le support d’émissions tout aussi superficielles les unes que les autres, soumises à la tyrannie de l’audimat. Ce matin, le Parisien nous apprend que TF1 a fait carton plein avec 31% de part d’audience pour cette daube, et il convient de rappeler qu’au petit jeu de l’audimat, TF1 se débrouille plus que bien, la chaîne ayant raflé 99 des meilleures audiences de l’année dernière (si vous ne me croyez pas, c’est écrit ici – oui je sais c’est difficile à croire et pourtant c’est vrai).

Bourdieu dans son essai Sur la télévision se plaignait déjà de l’aura accordée à l’audimat, considéré comme l’unique critère, voire la garantie, d’une certaine « qualité » (en réalité, son analyse porte essentiellement sur l’homogénéisation et la perte d’autonomie du champ journalistique provoqué par l’avènement de la télévision en tant que mass media, mais elle peut également s’appliquer au champ beaucoup plus vaste de la culture). On le sait, les contraintes économiques pesant sur le monde de l’audiovisuel provoquent mécaniquement chez les chaînes une recherche de l’audience la plus large et une poursuite effrénée du plus fort taux d’audimat. Bourdieu cite notamment l’exemple d’Arte qui est « passée, très rapidement, d’une politique d’ésotérisme intransigeant, voire agressif, à un compromis plus ou moins honteux avec les exigences de l’audimat qui conduit à cumuler les compromissions avec la facilité en prime time et l’ésotérisme aux heures avancées de la nuit » (NDLR : une fois encore je triche, j’ai le livre sous les yeux). Mais je me pose quand même la question : n’y a-t-il pas un devoir moral des chaînes de télévision à promouvoir une autre forme de culture, la « vraie » culture, au lieu de nous servir chaque année des émissions anesthésiantes et avilissantes au plus haut point ?

De mon côté j’ai déjà, comme l’avait fait le narrateur du roman La télévision de Jean-Philippe Toussaint, arrêté de regarder la télévision, davantage par manque d’intérêt pour les programmes diffusés sur les chaînes gratuites que par volonté de renoncer à une quelconque dépendance du petit écran. Et je continue d’espérer qu’un jour peut-être, un directeur des programmes aura le courage (même si dans les faits, au vu des rapports de force structurant le monde des medias et des relations économiques liant les chaînes à certains grands groupes, je suis bien consciente que ceci est bien loin d’être uniquement une question de courage) de redéfinir entièrement la ligne éditoriale de sa chaîne pour proposer une grille de programmes bien construite et s’éloignant autant que possible du conformisme actuel…

NB : A ceux qui me diront « t’as qu’à regarder Arte ou Canal » : Arte oui, Dieu merci, il nous reste une chaîne culturelle à regarder (et malgré ce que pourra en dire Bourdieu je trouve la chaîne encore bien loin de la recherche de l’audimat à tout prix), quant à Canal+ : c’est payant, et malheureusement ceux qui y gagneraient le plus à la regarder en lieu et place d’autres chaînes sont bien souvent ceux qui n’en ont pas les moyens…

Réseaux sociaux et force des liens faibles

Parfois, je me pose des questions sur la façon dont je gère mon identité sur les réseaux sociaux.
Je ne tiens pas ici à parler de l’éternel débat entre les partisans du « toute ma vie est sur Facebook » et ceux du « et bah moi, mon mur et toutes mes infos ne sont accessibles que par moi, ma vie est confidentielle, le méchant Facebook ne m’aura pas comme ça » (ah, ah). Chacun fait ce qu’il veut, personnellement j’ai du mal à croire que ce qui est publié sur un mur puisse être si préjudiciable que ça, et je me dis que les personnes qui sont suffisamment stupides pour se faire « avoir » par ce qu’elles publient sur les réseaux sociaux ne sont probablement pas des lumières non plus IRL… (Je repense à la malheureuse Stef… qui avait accepté la DRH d’une entreprise avant de passer un entretien avec elle et qui avait eu la bonne idée de se lâcher sur son mur Facebook après son entretien – par ailleurs échoué. La photo avait pas mal tourné l’année dernière, mais je la remets ici au cas où, elle me fait encore sourire…)

Bref, je m’égare (si le sujet vous intéresse, je me souviens qu’un reportage plutôt pas mal « Ma vie à poil sur le Net » du journaliste du Monde Yves Eudes avait été diffusé sur Canal+, et il est très certainement possible de le retrouver quelque part… Youtube par exemple).

Liens forts vs. liens faibles : la force des liens faibles ?

Une question que beaucoup de gens se posent est celle de la ligne éditoriale à adopter sur les médias sociaux – de quoi parler sur son mur Facebook, dans ses tweets, etc. Cette question est liée aux problématiques de personal branding, d’e-réputation , tout ça tout ça. Ce n’est pas non plus de ce point que je voudrais parler ici, mais plutôt de la notion de réseau fort ou faible. Les recherches du sociologue Mark Granovetter sur la diffusion de l’information au sein d’une communauté, et sa théorie de la « force des liens faibles » qui en a émané, ont montré que les liens faibles étaient ceux qui favorisaient la circulation d’information entre des cercles de « relations fortes » différents, tandis qu’au sein d’un réseau de liens forts, il existe peu de nouveauté d’informations. Ses études sur un panel de cadres américains ont ainsi permis de montrer que ces derniers trouvaient plus rapidement un poste en s’appuyant sur leur réseau de liens faibles que sur leurs liens forts.
Au vu du nombre de personnes qui m’ajoutent à tour de bras sur Linkedin (« XX has indicated that you’re a friend » étant particulièrement amusant à lire lorsque le XX en question n’a jamais daigné t’adresser la parole en quatre ans d’Ecole…), j’ai tendance à penser que la théorie de Granovetter commence à être connue. Sauf qu’à mon sens, il faudrait ajouter une distinction entre un lien faible et un lien inexistant. Un vrai lien faible suppose quand même un minimum d’interactions pour exister. Je ne vois pas l’intérêt d’accepter des personnes que je n’apprécie franchement pas sous prétexte qu’elles pourraient faire partie de mon réseau de liens faibles. Quand un lien n’a aucune chance d’être activé un jour, alors pour moi ce n’en est pas un (c’est comme un lien mort sur une page Web, ça ne sert à rien).
Je ne dis pas que je n’ai jamais accepté de personnes que je ne connaissais pas, j’ai déjà accepté des invitations « motivées » de type « on ne se connaît pas mais j’ai l’impression qu’on a les mêmes centres d’intérêt et on sera surement amené à se côtoyer un jour ou l’autre » – pourquoi pas, après tout.

« Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables. »

Non, cette jolie petite citation n’est pas de moi, c’est Verlaine qui l’a écrite. Et sa réciproque me semble tout aussi vraie. Et pourtant qui n’a jamais, après avoir rencontré quelqu’un, fait un petit tour sur son profil Facebook, comme ça, juste pour voir quels étaient nos « mutual friends » ? Plus d’une fois, il m’est arrivé de me faire une idée de quelqu’un à partir de ces « mutual friends » (ami de gens que j’aime bien : ça doit être quelqu’un de bien / ami de gens que je n’aime pas – et très clairement j’en ai un certain nombre dans mes amis Facebook : probablement à éviter.) Comme le souligne très justement Verlaine, on court en pratiquant ce genre d’associations le risque de se tromper complètement sur ladite personne.
Sur Facebook, j’accepte plus ou moins tout le monde, je pense que n’importe quelle personne censée peut comprendre que mes 745 « friends » ne sont pas tous mes amis. Mais sur les réseaux professionnels, peut-on réellement faire la même chose ? Que va penser le recruteur qui va voir que je suis « amie» avec un ancien employé incompétent ou détestable ?
En réalité, je n’ai pas de réponse à ça, tout ceci n’a probablement que peu d’importance. Mais dans le doute, je préfère pour l’instant continuer à refuser les demandes d’ajouts de personnes auxquelles je préfère ne pas être associée par un potentiel recruteur. Récemment, j’ai d’ailleurs songé à retirer certaines personnes de mes connexions pour les mêmes raisons, mais je ne l’ai toujours pas fait, sans trop savoir pourquoi. A méditer…

L’économie du partage appliquée au secteur du transport et de la mobilité

Mercredi 1er juin dernier, j’ai assisté à la conférence-débat « L’économie du partage appliquée au secteur du transport et de la mobilité. Quelle viabilité ? » organisée par Silicon Sentier à La Cantine.
Animé par Bruno Marzloff (Directeur du Groupe Chronos), ce débat a réuni Robin Chase (CEO de Buzzcar.com), Frédéric Mazzella (CEO de Covoiturage.fr) et Jean-Louis Jourdan (Directeur du développement durable de la SNCF) (cf. page de l’événement)

Je suis personnellement convaincue du bien fondé de l’autopartage et du covoiturage, et je pense sincèrement que des entreprises comme Buzzcar ou Covoiturage.fr sont promises à un très bel avenir. Pourquoi ? Parce que comme l’ont souligné les intervenants lors de la conférence, si les besoins en transports sont loin de diminuer, la perception de la voiture a quant à elle beaucoup évolué au fil du temps. En quelques décennies, elle est passée du rang de témoin de réussite socio-professionnelle et de liberté individuelle à celui de contrainte économique (coût d’acquisition et d’entretien) et productive (congestion sur les routes et en ville, impact environnemental, etc.). L’émergence de nouveaux services à la mobilité permise par l’arrivée d’acteurs extérieurs au monde traditionnel de l’automobile a permis de replacer la mobilité – et non plus l’automobile – au centre du débat sur les transports.

L’automobile et l’individu : naissance et fin d’une grande histoire d’amour

L’histoire d’amour entre l’individu et l’automobile commence en 1908, lorsque la Dame en Noir, la Ford T, sort des entrepôts de la Ford Motor Company et « met l’Amérique sur des roues ». Construite à plus de 16 millions d’exemplaires entre 1908 et 1927, elle inaugure les méthodes de production à la chaîne et devient la première voiture accessible à tous.

Depuis, les constructeurs automobiles n’ont cessé de promouvoir la voiture en tant qu’objet universel et indispensable, et sont parvenus à créer chez les conducteurs un rapport affectif à leur voiture. Elle est ainsi devenue au fil des années le compagnon de la famille (dans un premier temps), puis de l’individu à chaque étape de sa vie (la voiture familiale n’étant alors qu’une voiture parmi tant d’autres achetées par l’individu au cours de sa vie), si bien que l’acquisition d’une voiture est devenue une véritable finalité – et le reflet de la réussite sociale.

Cependant, cette perception de la voiture est aujourd’hui bouleversée et les moins de 30 ans la considèrent de plus en plus comme une contrainte – tout d’abord financière (coût d’acquisition, assurance, essence, parking, entretien, etc.) mais également productive (infrastructures routières congestionnées, centres urbains bouchés) et environnementale. Il en résulte une transformation de la façon dont les individus pensent la mobilité et une prise de conscience que si le besoin de déplacement n’a pas disparu (bien au contraire), ce n’est pas la possession d’un véhicule mais bien son utilisation qui permet d’assouvir ce besoin.

De la voiture personnelle aux services de mobilité – Buzzcar, Covoiturage.fr & co

Face à cette contestation croissante du modèle « une automobile par personne », on assiste à l’avènement d’un nouvel écosystème de la mobilité, qui se traduit par l’arrivée de nouveaux acteurs dans le monde de l’automobile. Ces entreprises proposent des alternatives novatrices en termes de mobilité visant soit à remplacer soit à améliorer l’utilisation de véhicules privés.

Parmi les services proposés, certaines entreprises louent des véhicules à usage temporaire pour des durées plus courtes que pour une location traditionnelle (de la camionnette pour les déménagements à la voiture de luxe pour les grandes occasions), tandis que d’autres mettent en relation les individus souhaitant partager leurs trajets, ou encore offrent aux individus la possibilité de louer leur voiture lorsqu’ils ne les utilisent pas.

Par exemple, Buzzcar est une start-up d’autopartage créée par Robin Chase (déjà fondatrice du réseau américain Zipcar).
Pour que ce type de services fonctionne bien, il est indispensable que l’utilisateur puisse accéder à la plateforme de réservation de n’importe où, et ça tombe bien car c’est dorénavant possible grâce à la belle application iPhone permettant de gérer ses réservations en toute sécurité (et l’application Androïd est actuellement en cours de développement et ne devrait pas tarder à arriver !).

Dans un article sur l’économie du partage publié sur le blog de Buzzcar, Robin Chase résume ainsi le principe de Buzzcar : « Grâce à Buzzcar, je ne partage ma voiture que quand je n’en ai pas besoin (et soyons honnête, c’est la plupart du temps). Et je sais que “le conducteur que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam” n’est pas un complet étranger. Je vois son permis de conduire et sa carte d’identité, ses photos et les notations et commentaires des autres membres. Je dépense moins en assurance et plus sur ce qui me fait plaisir ! »

Dans le même état d’esprit, Voiturelib permet aussi de mettre en relation les particuliers souhaitant optimiser l’utilisation de leur véhicule et ceux qui désirent en louer une, et leur offre également une assurance à la location afin de rassurer davantage les membres de sa communauté. En revanche, pas d’application mobile à ce jour pour ce site, ce qui est je trouve un peu dommage.
Edit 02/09/2013 : Voiturelib est devenu Drivy, et dispose dorénavant de son appli mobile

De son côté, Covoiturage.fr propose depuis 2004 de mettre en contact les particuliers qui souhaitent partager un trajet en voiture et les frais associés. Le site a franchi en avril le cap du million de membres et génère chaque mois des partages de trajets pour 250 000 personnes, pour un total 6M de voyages depuis sa création (source : article Frenchweb). Les membres s’évaluent après chaque trajet, et cela peut être l’occasion de rencontrer des personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt que vous. Je n’ai jamais personnellement testé, mais j’aime le concept.

Entretien avec Frédéric Mazzella, fondateur de Comuto, éditeur de Covoiturage.fr

Frédéric Mazella, Covoiturage.fr par frenchweb

Mais que font les constructeurs automobiles ?

Ainsi que le souligne le rapport « En route vers une mobilité plus intelligente – horizon 2020 » publié par IBM en 2010 (pour ceux qui n’ont pas le courage de tout lire, une synthèse de 4 pages est disponible ici), les constructeurs automobiles possèdent de nombreux atouts – bonne connaissance du véhicule en tant que produit, réseau de concessionnaires à travers toute la France, sociétés captives de financement, etc. – qui, s’ils sont mis à profit à temps, pourraient leur permettre de se positionner de façon avantageuse sur le marché des services de mobilité. Dans cette étude, IBM identifie trois options principales permettant aux constructeurs de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs :

1. L’élargissement du portefeuille produit, avec notamment davantage de véhicules hybrides ou électriques – à ce titre, Renault ouvre la marche avec sa gamme de véhicules électriques Z.E. dont quatre modèles vont être commercialisés dans le courant de l’année
2. La construction de véhicules plus intelligents, avec des offres de télématiques élargies (on pense ici aux systèmes électroniques et logiciels embarqués – systèmes de navigation / trafic ou de conduite intelligente, services d’information, d’urgence et de sécurité, etc. – qui seront potentiellement personnalisés via des applications sur smartphones)
3. La combinaison de l’offre produit avec divers services à la mobilité

Sur ce troisième point, c’est plutôt Peugeot qui est en tête parmi les constructeurs français, avec son offre de mobilité Mu by Peugeot lancée en 2010. Celle-ci permet aux particuliers de consommer à la carte des services de mobilité allant du vélo électrique au véhicule utilitaire, en passant par le scooter pour les déplacements urbains ou le cabriolet pour les weekends romantiques.

Finalement, ce que j’ai trouvé très dommage lors de cette conférence-débat, c’est que justement le débat soit quasiment inexistant, et ce malgré l’apparition spectaculaire et inattendue de « Monsieur Avis » – je n’ai pas retenu son nom, ni d’ailleurs sa fonction précise chez Avis – à la dernière minute.
Ce qui ressort de cette conférence, c’est un mélange de « les-voitures-individuelles-polluent-trop-sont-trop-cheres-vivent-les-transports-en-commun » et de « la-SNCF-fait-ce-qu’elle-peut-mais-est-impuissante-sur-le-court-terme-donc-les-particuliers-doivent-se-débrouiller-tout-seuls-et-les-start-ups-les-aident-à-s’organiser. » Dans le fond, ce n’est certainement pas complètement faux, mais peut-être aurait-il été plus pertinent d’élargir le panel d’intervenants en invitant par exemple les constructeurs et les services de location de véhicules à se joindre au débat afin de l’équilibrer un peu plus. Certains points clés auraient ainsi pu être abordés, notamment la question d’éventuelles alliances entre constructeurs (qui se cantonneraient dès lors à fournir du matériel très sophistiqué) et entreprises de services de mobilité, ou bien d’un éventuel rachat de ces dernières par les constructeurs comme prélude à une transformation du secteur automobile à un secteur de la mobilité ?

NB : Pour ceux que la consommation collaborative en général intéresse, j’ai écrit il y a quelques temps un article à ce sujet, disponible ici.

Dis moi ce que tu manges…

Aujourd’hui, je viens de tester une nouvelle appli iPhone. Comme si me ridiculiser – au resto en photographiant ce que je mange pour pouvoir le synchroniser sur Foodspotting, et au bar en check-in sur les bières que je bois sur Untappd – ne me suffisait pas, je peux désormais m’y mettre à la maison également, en scannant… les codes barres des produits que je mange / j’achète grâce à Shopwise! (youpi)

L’intérêt du truc ?
Shopwise analyse les produits alimentaires et au moyen d’une grille de notation (qui inclus des critères comme la qualité des ingrédients, l’utilisations d’additifs, la présence d’OGM, etc.) leur donne une note.
On peut également se créer un profil – pour l’instant pas très complet et utile essentiellement pour les personnes allergiques à certaines substances ainsi que pour les femmes enceintes (c’est déjà pas mal).

Voilà un petit aperçu de ce que ça donne :

J’ai aussi mangé des abricots mais ils ne figuraient pas encore dans le répertoire connu de l’appli ; Shopwise propose alors de photographier le produit – ce que j’ai fait. Reste à savoir dans combien de temps mes abricots moelleux Maître Prunille seront ajoutés à la base…

Le grand retour de la télévision

L’avènement d’Internet, mort annoncée du poste de télévision ?

Il est loin le temps où la diffusion télévisuelle se limitait à un seul canal de distribution et où les téléspectateurs regardaient la télévision selon un emploi du temps défini à l’avance. Au fil des années, de nombreuses évolutions techniques sont intervenues, bouleversant ainsi le paysage audiovisuel français – introduction de la télécommande pour changer de chaîne à distance, enregistreur de cassettes, puis apparition du câble et du satellite permettant la multiplication des chaînes proposées, développement du numérique, diffusion du haut débit, démocratisation des offres triple play. Ces dernières ont profondément changé les usages de la télévision, en démocratisant notamment la vidéo à la demande, la télévision de rattrapage, le multiposte, ainsi que la télévision sur ordinateur, permettant ainsi aux téléspectateurs de se libérer des grilles de programmation traditionnelles. D’ailleurs, même les acteurs traditionnels de la télévision ont compris l’ampleur que ce phénomène allait prendre et se sont rapidement positionnés sur ce marché – Canal + avec CanalPlay, Arte avec Artevod, etc. Et les FAI tels que Free, Orange et SFR de lancer également leurs plateformes de VOD, rendant la frontière entre réseaux et contenus de plus en plus poreuse, et ravivant sans cesse le débat de la neutralité du Net (à ce sujet, j’ai l’impression que l’acquisition par Vivendi des 44% qu’il lui manquait chez SFR a fait beaucoup moins de bruit que la prise de participation d’Orange chez Dailymotion – les problématiques liées ne sont-elles pas fondamentalement les mêmes ?)

Nombreux sont ceux qui se sont alors empressés d’annoncer la mort future de la télévision, jugée complètement désuète par rapport aux innombrables possibilités offertes par Internet : avec Internet, je peux regarder ce que je veux, dans la langue que je veux, et quand je veux. Et les récents développements dans le monde du streaming sur Internet semblent donner raison à ces prédictions. Les séries TV, longtemps restées l’apanage des chaînes traditionnelles, sont de plus en plus regardées sur Internet, tout d’abord via la catch-up TV proposée par les chaînes elles-mêmes, mais également sur des sites spécialisés en streaming. Netflix (géant américain du streaming) a ainsi frappé deux grands coups récemment : tout d’abord en obtenant l’exclusivité sur la diffusion de House of Cards, future série de David Fincher et Kevin Spacey, puis en annonçant l’achat des droits exclusifs de rediffusion de la série Mad Men (plus d’infos ici).

Mais c’était probablement enterrer la télévision avant son heure. Tout d’abord, selon une étude Médiamétrie parue en février, les Français regardaient en 2010 la télévision 3h32 par jour (je pense plafonner à 1h… en une semaine…), soit 7 minutes de plus qu’en 2009. Mais surtout, annoncer la mort du poste de télévision reposait sur l’hypothèse fondamentale qu’Internet était synonyme d’ordinateur. Et ça, ce n’est plus tout à fait vrai, et il se pourrait bien que le vieux poste de télévision change la donne et parvienne à reconquérir le cœur des utilisateurs aux dépends de l’ordinateur de bureau.

Quand la télévision devient sociale

Personnellement, je ne regarde que très (très, très) rarement la télévision sur ma télé, d’une part parce que le contenu proposé via ma box ne me plaît pas vraiment, d’autre part parce que je n’aime pas être soumise à des contraintes horaires pour regarder telle ou telle série (encore moins pour la voir en français et avec je ne sais combien d’épisodes de retard). Mais quand je le fais, vous pouvez être certains que mon ordinateur est sur mes genoux et que mon téléphone n’est pas bien loin.


The Big Bang Theory, Saison 4, Episode 20

Cette capture d’écran (d’un épisode où le duo Sheldon-Amy m’a fait particulièrement rire) représente pour moi le signe que CBS a enfin compris que l’époque où la télévision cherchait à capter 100% (ou 90%, afin de ne pas oublier la concentration requise pour manger son popcorn ou son bol de glace) de l’attention du téléspectateur était révolue. Dorénavant, la télévision se prolonge sur les réseaux sociaux, chacun pouvant commenter en direct les programmes diffusés à la télévision. En invitant ses téléspectateurs à tweeter en direct avec les acteurs de série ou a se connecter à son site web, CBS cherche à fédérer son audience et à créer une véritable communauté active de téléspectateurs. Cela va ainsi bien au delà de la démarche du téléspectateur qui tweete pour ses followers, puisqu’il s’agit à présent d’échanger avec des personnes – que vous connaissez ou pas – qui regardent la même chose que vous au même moment. Ainsi à chaque diffusion d’un épisode de la série Glee aux Etats-Unis (au fait, quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi tout le monde en parle ? J’ai regardé 3 épisodes et ça m’a suffit…), on recense environ 25 000 tweets postés chaque minute.

Face aux interactions grandissantes entre la télévision et Internet, le MIP TV (premier marché international des contenus audiovisuels qui s’est tenu à Cannes du 4 au 7 avril) s’est doté cette année d’un « Connected Creativity Forum », destiné à des démonstrations d’applications (destinées à la télévision, le smartphone ou les tablettes) visant à rapprocher encore un peu plus ces deux mondes. La liste des vainqueurs du concours de start-ups CC Ventures organisé lors de cet événement est diponible ici (en anglais).

De la télévision quand je veux à la télévision que je veux

Derrière l’idée de télévision connectée, c’est avant tout l’idée d’une télévision personnalisée qui se profile. Qui dit télévision connectée dit accès aux réseaux sociaux que je fréquente, et donc accès aux informations que je partage. Au fond, peu m’importe que ce soit Google, Apple, Facebook, un FAI ou un acteur complètement nouveau qui me fournisse le contenu que je regarde, tout ce que je souhaite, c’est que ce contenu corresponde à mes attentes et à mes goûts.

Alors la télévision de mes rêves, c’est :
- Une chaîne d’infos proposant du contenu enrichi sur chaque sujet que je souhaiterais approfondir
- Une chaîne de cinéma qui me recommande des films en fonction de mes goûts (par exemple à partir des notes et critiques que j’attribue aux films que j’ai vus sur Sens Critique)
- Une chaîne de séries mettant en avant des séries que je pourrais aimer en fonction de celles que je regarde le plus souvent
- Une chaîne de musique connectée à ma bibliothèque iTunes diffusant les clips de la musique que j’aime en intégrant également les recommandations Genius (avec des pop-ups indiquant les dates des prochains concerts de tel ou tel groupe, voire un lien vers Digitick pour acheter directement les places)

Bon, il va falloir que je m’arrête parce que je me fais du mal, on n’y est pas encore…

A plus court terme, regardez déjà cette jolie vidéo réalisée par Wahid R. & co sur une évolution possible de la Livebox Orange (c’est vrai, ça sera comme ça en 2012 ? ☺ )

 

Et pour ceux que le sujet intéresse, j’ai commencé un petit Pearltrees sur les terminaux connectés ici :
tv & connected devices

La consommation collaborative

C’est lors d’un cours de Cross-Cultural Management que l’idée de commencer un blog m’est venue (malheureusement pas par intérêt quelconque pour ce cours mais par refus de perdre 3 heures par semaine à écouter deux profs nous faire un déballage de poncifs et de stéréotypes sur la communication inter-culturelle), c’est également lors de ce cours que je puise mes idées d’articles. Regardant par dessus mon épaule pour voir comment pouvait bien s’occuper mon voisin de table, je constate qu’il est tranquillement en train de remplir la page Wikipédia des élections cantonales en Loire-Atlantique pour chaque canton (Résultats publiés ici et consolidés par mon cher voisin ici). Bon, d’accord il n’a pas choisi la Loire-Atlantique par pur hasard (il vient de Nantes), mais quand même. J’ai toujours admiré les contributeurs de Wikipédia, mais j’avoue m’être souvent demandée qui pouvait bien passer (sous-entendu perdre) son temps à écrire des articles sur Wikipédia. Et mon voisin de m’apprendre qu’il le faisait beaucoup en prépa, essentiellement des traductions de pages anglophones, « juste comme ça ».

Une économie du partage

Le partage, la collaboration, la coopération, sont des sujets très en vogue en ce moment. Ce qui, à mon sens, présente avant tout de nombreux avantages – facilitation de la diffusion d’information, partage d’expériences (ratings d’hôtels et de restaurants, témoignages pertinents sur des forums de santé, etc.). Ainsi, je me rends sur Tripadvisor avant de réserver un hôtel, Allociné avant d’aller voir un film (ce qui ne m’a pas empêchée d’aller voir Never Let Me Go avec – non je pense qu’il vaut mieux taire l’identité de ladite personne afin de préserver sa réputation…), lis les avis des contributeurs de Qype (et assimilés) avant de tester un nouveau bar ou un nouveau resto, etc. Et je contribue assez peu en dehors des liens que je tweete et des tips que je laisse sur Foursquare. Autrement dit, je collabore peu, mais je consomme beaucoup. Collaboration et consommation, deux mots qui semblent s’opposer : à l’idée de communauté véhiculée par la notion de collaboration s’oppose celle d’individualité associée à la consommation. Alors l’expression consommation collaborative est-elle antithétique ?

De la possession à l’usage
L’expression « consommation collaborative » a, à ma connaissance, été forgée par Rachel Botsman et Roo Rogers, auteurs de What’s Mine is Yours – The rise of collaborative consumption. Je n’ai pas lu le bouquin, mais j’ai en revanche regardé cette excellente vidéo Ted de Rachel Botsman présentant le concept (non elle n’a rien inventé si ce n’est une expression pour décrire une pratique, mais la vidéo n’en demeure pas moins intéressante pour autant) :

Et pour les pressés qui n’ont pas voulu cliquer sur la vidéo, regardez au moins celle-ci (3 minutes au lieu de 15) qui en fait un bon résumé :

Ainsi, la collaboration collective, c’est le fait de prêter, louer, échanger des objets au sein de communautés de pairs. A l’économie de la possession (et du stockage inutile) se substitue une économie de l’usage. Les exemples cités par Rachel Botsman dans son talk sont convaincants : tout le monde a une perceuse (pas moi ^^) – qui ne sert en moyenne que douze minutes – alors que ce qui nous intéresse, « c’est le trou et non la perceuse ». De même, on ne se sert en moyenne de sa voiture qu’une heure sur 24, alors autant la partager ou la louer. J’aime bien cette image (je ne sais pas de qui elle est, je l’ai récupérée sur cet article de Bruce Sterling sur Wired) représentant l’évolution du marché automobile, de la possession à l’usage via la location de pair à pair.

 

Le capital « réputationnel »,  monnaie de l’économie de l’usage

Comment cette nouvelle économie peut-elle fonctionner sans qu’il y ait de profiteurs ? Un peu à la manière des sites tels qu’Ebay ou Amazon : lorsque vous effectuez une transaction vous recevez une note, et vous vous construisez ainsi une réputation. Plus votre rating est élevé, plus on vous considèrera comme une personne de confiance, et plus les gens voudront échanger avec vous. La monnaie est ainsi dématérialisée, chacun tentant non pas de s’enrichir mais d’augmenter son capital « réputationnel », nouvelle monnaie sociale.