La révolution de Netflix en est-elle vraiment une ?

Avec la sortie de la – très attendue – première saison de House Of Cards le 1er février, Netflix a enfin réussi son pari de révolutionner la télévision. Et pourtant, il était loin d’être gagné d’avance. Mais qu’est-ce qui va réellement changer pour le (télé)spectateur ?

De la diffusion de contenus « outdatés » à la création originale

Si aux Etats-Unis, la chronologie des médias permet de rendre un film disponible au sein d’un service de VOD par abonnement (SVOD) environ un an après sa sortie en salles, ce délai est porté à 36 mois en France. Alors que certains critiquent déjà la fraîcheur du catalogue Netflix aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on a bien du mal à imaginer comment Netflix pourrait sortir un service convaincant en France s’il ne devait être composé que de films de plus de trois ans et de séries diffusées et rediffusées à la télévision. Dès lors, comment parvenir à convaincre les spectateurs de s’abonner au service puis de payer tous les mois pour continuer à y accéder ?

La clé du succès de la chaîne HBO aux Etats-Unis réside dans ses créations originales – Les Soprano, The Wire, Boardwalk Empire, Game of Thrones, et plus récemment Girls ont toutes contribué à bâtir puis renforcer le prestige de la chaîne, et la qualité de ces séries lui suffit probablement à maintenir une base d’abonnés fidèles. Deux critères essentiels donc : qualité du contenu, et exclusivité (au moins pour une durée suffisamment longue).

Après avoir déboursé 1 million de dollars par épisode de Mad Men pour obtenir l’exclusivité en streaming de la série phare d’AMC (et alors qu’Amazon vient de signer un deal similaire pour Downton Abbey), Netflix est passé à la vitesse supérieure en se lançant comme HBO dans la création originale. Pour acquérir les droits des deux premières saisons de House Of Cards, Netflix aurait déboursé plus de 100 millions de dollars, une somme supérieure à celle que des grandes chaînes comme HBO ou AMC étaient prêtes à payer. Et tandis que traditionnellement les chaînes ne commandent une série que si le pilote les a convaincues, Netflix a marqué les esprits en commandant d’un coup les deux premières saisons de 13 épisodes chacune complètement à l’aveugle (en sachant tout de même que la série était produite et en partie réalisée par David Fincher et que Kevin Spacey y incarnait le personnel principal, ce qui n’est pas rien).

Netflix n’a pas l’air de vouloir s’arrêter là, comme en témoigne le développement prochain de « Turbo: F.A.S.T. (Fast Action Stunt Team) », une série pour enfants inspirée du dessin animé Dreamworks qui sortira cet été.

Et Ted Sarandos, Directeur des contenus de Netflix, disposerait d’un budget de 6 milliards de dollars pour les 3 prochaines années, dont 300 millions consacrés à la production originale. Son objectif ? Devenir HBO avant que HBO ne devienne Netflix.

Netflix n’est pas le seul service de vidéos à se lancer dans la création originale dans l’espoir de capter l’audience des chaînes TV. Amazon a récemment annoncé son intention de produire des séries et aurait décidé de financer 12 pilotes (6 comédies et 6 séries pour enfants). Netflix comme Amazon mettent en avant le fait que contrairement aux grandes chaînes du câble, elles n’interfèreront pas dans le développement des créations originales, laissant ainsi aux réalisateurs et aux producteurs une liberté totale. J’ai le sentiment que cette indépendance vis-à-vis des chaînes aura au moins un impact positif sur qualité des contenus en rendant les scénaristes maîtres de leurs programmes, et ce sans avoir à se préoccuper des coupes publicitaires régulières imposant leur rythme aux épisodes. Il devrait (ou pourrait) ainsi en résulter des scénarios plus travaillés, sans suspense artificiellement provoqué avant chaque publicité pour tenir le spectateur en haleine (et le faire rester devant la télévision pour ne pas rater la suite).

Microsoft a également annoncé son retour dans les contenus, et espère lancer ses propres contenus sur la Xbox dès la fin de l’année, en mettant l’accent sur les contenus interactifs, plus attrayants pour leur public.

En France, OCS suit également le modèle d’HBO et vient de lancer sa troisième création originale : Lazy Company, actuellement en cours de diffusion sur OCS max.

Nouveaux programmes, nouveaux usages

Voilà déjà bien longtemps que la télévision n’est plus seulement linéaire (bon, sauf pour le foot et la Nouvelle Star si vous voulez). De nombreux programmes sont disponibles gratuitement en catch-up pendant une durée de 7 jours à compter de leur diffusion TV via les box des opérateurs ou sur le web. En ce qui concerne les séries – rarement disponibles en catch-up sur les chaînes gratuites – il a longtemps fallu se plier aux diffusions hebdomadaires des chaînes. Et pourtant là encore, certaines chaînes ont su innover et proposer des services permettant aux téléspectateurs de s’affranchir – en partie – des contraintes de la programmation linéaire. Ainsi, sur les chaînes OCS, la fonctionnalité start-over permet de reprendre au début un programme pendant sa diffusion sur la chaîne. Vous arrivez 20 mn après le début de Walking Dead ? Hop, un petit clic sur « redémarrer » et la série recommence rien que pour vous.

Netflix a voulu aller encore plus loin avec House Of Cards. Après avoir ouvertement pris position contre l’ “insatisfaction contrôlée” (“The point of managed dissatisfaction is waiting. You’re supposed to wait for your show that comes on Wednesday at 8 p.m., wait for the new season, see all the ads everywhere for the new season, talk to your friends at the office about how excited you are”), Reed Hastings, PDG de Netflix, a déclaré vouloir mettre fin à l’attente hebdomadaire caractéristique des séries TV en rendant tous les épisodes de la première saison de House Of Cards disponibles en même temps.

Voilà déjà quelques temps que l’on commençait à parler de “binge-viewing” (terme dérivé de “binge-drinking”) pour décrire un nouveau mode de consommation des séries TV, consistant à enchaîner de nombreux épisodes sans s’arrêter.

Pour ma part, j’ai plutôt tendance à regarder mes séries toutes les semaines, sauf pour la saison 1 de Girls que j’ai regardée en une fois pendant ma grippe en décembre. Cependant, il m’est également arrivé plusieurs fois de laisser passer quelques semaines sans regarder Mad Men pour pouvoir ensuite regarder plusieurs épisodes à la suite, ce que je faisais déjà pour Six Feet Under. Pour ces séries au format long, j’ai le sentiment que l’on perçoit mieux certaines subtilités en regardant plusieurs épisodes de façon rapprochée, que l’on parvient mieux à faire des liens entre certaines scènes, et que l’on comprend davantage la psychologie et les traits de caractère des personnages.

Un petit sondage effectué par Wired à peine une semaine après la sortie de House Of Cards met en évidence le fait qu’avec House Of Cards, le binge viewing a été la règle.

Pour ma part, je suis encore assez partagée sur ce modèle de consommation. Tout d’abord, je suis aujourd’hui en sérieux manque de sommeil, comme doivent probablement l’être toutes les personnes qui ont regardé la série (heureusement que la 2ème saison n’est pas sortie en même temps…), et je me dis que j’aurais peut-être préféré une modération imposée via une diffusion périodique des épisodes de série.

Ensuite, j’ai même si j’ai trouvé cette série excellente, j’ai quand même regretté la relative perte de lien social provoqué par sa non-diffusion à la télévision. L’avantage de la diffusion en linéaire, c’est que tous mes amis suivant telle ou telle série en sont tous au même épisode. Je me suis retrouvée plusieurs fois à faire des soirées True Blood, Californication, Mad Men, etc. avec des amis, ce que j’ai un peu de mal à imaginer sur un service tel que Netflix : pourquoi décider un soir plus qu’un autre de se rassembler autour d’un ordinateur pour regarder des séries disponibles à tout moment ? L’agitation qui précède la sortie d’un nouvel épisode, le live-tweet lors de sa diffusion, l’impatience générée par l’attente de la prochaine saison, sont pour moi indissociables des séries, et j’ai du mal à imaginer un modèle reposant uniquement sur le binge viewing, que j’ai cependant pratiqué pour House Of Cards (je ne tenais pas à ce qu’un malheureux spoil sur Twitter ou ailleurs me gâche le plaisir de regarder la série).

Et puis bon en fin de compte, « managed dissatisfaction » ou pas, arrive bien un moment – en l’occurrence maintenant – où on se retrouve obligé d’attendre pour pouvoir voir la deuxième saison.

Quant à l’intérêt pour Netflix de rendre tous les épisodes disponibles en même temps plutôt que de les espacer dans le temps (tout en laissant les épisodes précédents disponibles sur le site pour les retardataires), j’avoue ne toujours pas l’avoir vraiment saisi. Si l’objectif est bien de disposer d’une base d’abonnés croissante, ne serait-il pas plus efficace de se garantir au moins une base constante d’abonnés fidèles à la série, qui après un bouche à oreille convertiraient leurs amis en de nouveaux abonnés ?

Merci TF1, j’ai eu ma dose de culture populaire pour l’année

Hier soir au restaurant, j’ai eu l’occasion de combler mes lacunes en « culture populaire » en regardant les NRJ Music Awards. Bon, je me permets juste une petite digression pour expliquer la phrase précédente – le restaurant en question était le japonais Kim, rue Port-Mahon, et outre le fait que le service y est très aimable (avec en prime chips de crevette et jus de litchi en entrée, et fruits à partager en dessert), il y a une télévision, qui était allumée hier pour cette grande occasion que sont les NRJ Music Awards.

J’ai ainsi pu découvrir – non sans douleur – que parmi les « révélations françaises de l’année » figuraient l’éternel David Guetta (aux côtés de sa tout aussi éternelle dulcinée Cathy qui décidément a l’air de rajeunir de jour en jour) et Christophe Maé (qui ne l’oublions pas, est tout de même Chevalier des Arts et des Lettres) aux côtés de toute une flopée d’ « artistes » dont je n’avais jamais entendu parler (en vrac : Bruno Mars, Mickaël Miro, Elisa Tovati, ainsi que la chaudasse de l’année Shy’m vêtue – ou presque pas en fait – de tenues ô combien douteuses. NDLR : j’avoue avoir triché et regardé les noms que je viens de mentionner – que j’avais déjà oubliés – sur le site des NRJ Music Awards…). Parmi les événements marquants de cette soirée, le groupe le plus beauf de l’année, j’ai nommé LMFAO (Laughing My Fucking Ass Off – ah ah qu’ils sont drôles…), a raflé une bonne partie des prix, tandis que Justin Bieber recevait déjà son Award d’honneur à 17 ans, la pauvre Mylène Farmer n’ayant droit au sien qu’à 50 ans (Edit : en fait c’est un Award de diamant qu’elle a reçu, la veinarde).

La télévision reste aujourd’hui le moyen de communication de masse le plus répandu et le plus accessible. Alors qu’à l’origine, elle était perçue comme un instrument d’information et une fenêtre d’ouverture sur le monde, elle est devenue le support d’émissions tout aussi superficielles les unes que les autres, soumises à la tyrannie de l’audimat. Ce matin, le Parisien nous apprend que TF1 a fait carton plein avec 31% de part d’audience pour cette daube, et il convient de rappeler qu’au petit jeu de l’audimat, TF1 se débrouille plus que bien, la chaîne ayant raflé 99 des meilleures audiences de l’année dernière (si vous ne me croyez pas, c’est écrit ici – oui je sais c’est difficile à croire et pourtant c’est vrai).

Bourdieu dans son essai Sur la télévision se plaignait déjà de l’aura accordée à l’audimat, considéré comme l’unique critère, voire la garantie, d’une certaine « qualité » (en réalité, son analyse porte essentiellement sur l’homogénéisation et la perte d’autonomie du champ journalistique provoqué par l’avènement de la télévision en tant que mass media, mais elle peut également s’appliquer au champ beaucoup plus vaste de la culture). On le sait, les contraintes économiques pesant sur le monde de l’audiovisuel provoquent mécaniquement chez les chaînes une recherche de l’audience la plus large et une poursuite effrénée du plus fort taux d’audimat. Bourdieu cite notamment l’exemple d’Arte qui est « passée, très rapidement, d’une politique d’ésotérisme intransigeant, voire agressif, à un compromis plus ou moins honteux avec les exigences de l’audimat qui conduit à cumuler les compromissions avec la facilité en prime time et l’ésotérisme aux heures avancées de la nuit » (NDLR : une fois encore je triche, j’ai le livre sous les yeux). Mais je me pose quand même la question : n’y a-t-il pas un devoir moral des chaînes de télévision à promouvoir une autre forme de culture, la « vraie » culture, au lieu de nous servir chaque année des émissions anesthésiantes et avilissantes au plus haut point ?

De mon côté j’ai déjà, comme l’avait fait le narrateur du roman La télévision de Jean-Philippe Toussaint, arrêté de regarder la télévision, davantage par manque d’intérêt pour les programmes diffusés sur les chaînes gratuites que par volonté de renoncer à une quelconque dépendance du petit écran. Et je continue d’espérer qu’un jour peut-être, un directeur des programmes aura le courage (même si dans les faits, au vu des rapports de force structurant le monde des medias et des relations économiques liant les chaînes à certains grands groupes, je suis bien consciente que ceci est bien loin d’être uniquement une question de courage) de redéfinir entièrement la ligne éditoriale de sa chaîne pour proposer une grille de programmes bien construite et s’éloignant autant que possible du conformisme actuel…

NB : A ceux qui me diront « t’as qu’à regarder Arte ou Canal » : Arte oui, Dieu merci, il nous reste une chaîne culturelle à regarder (et malgré ce que pourra en dire Bourdieu je trouve la chaîne encore bien loin de la recherche de l’audimat à tout prix), quant à Canal+ : c’est payant, et malheureusement ceux qui y gagneraient le plus à la regarder en lieu et place d’autres chaînes sont bien souvent ceux qui n’en ont pas les moyens…

Yelp Open Party, opération réussie!

Pour fêter son premier anniversaire, Yelp Paris a organisé ce soir sa première Open Party au Door Studios (soit dit en passant le lieu vaut le détour).
Le concept ? Une soirée consacrée à la dégustation de préparations culinaires – tartes, cocktails, pâtisseries, etc. – d’une sélection de partenaires de Yelp.

Mes coups de coeur :

1. Les tartes Kluger (la tarte à la mousse au chocolat est à tomber par terre) :

2. Les pâtisseries orientales de Diamande : un régal – pâtisseries orientales expérimentales (framboise-pistache, violette, orange-noix de cajou, et bien d’autres) ou plus traditionnelles :

3. Les associations expérimentales de Julhès : dégustation de divers whiskys accompagnés de mini-toasts de foie gras, pain d’épice-roquefort, jambon cru, etc. :

J’ai l’impression de ne faire que manger en ce moment, il va falloir que je songe à me calmer…

 

L’expo du mois : Stanley Kubrick à la Cinémathèque

Samedi dernier, je suis enfin allée à l’exposition rendant hommage au grand Stanley Kubrick à la Cinémathèque française.

L’exposition retrace, film après film et par ordre chronologique, le parcours de Kubrick: ses débuts en tant que photographe de presse, ses premiers documentaires, ses rencontres-clés avec des producteurs et acteurs, et un espace est consacré à chacun de ses films. On retrouve également des photos prises lors des tournages, des croquis de production, des découpages techniques, des extraits de scénarios (annotés par Kubrick), qui permettent de mieux appréhender les méthodes de travail de ce réalisateur visionnaire.

Au fil des salles se dessine la personnalité du maître : sa passion pour la photographie depuis son adolescence, son goût pour la musique, le design, l’architecture – qui auront une importance considérable pour comprendre l’importance accordée par Kubrick au décor, à l’utilisation de l’espace et des jeux de lumière dans chacun de ses films.

On découvre également le rapport du cinéma de Kubrick à la censure, les thèmes qu’il a traités étant tous particulièrement sensibles (guerre dans Les sentiers de la gloire, pédophilie dans Lolita, extrême violence dans Orange mécanique, etc.) et les vives réactions qu’ont pu provoquer ses films sont illustrées par des lettres (notamment de la part d’organisations religieuses ainsi que de proches de l’armée américaine) lui étant adressées (l’habileté de Kubrick dans ses réponses permettant encore une fois de mieux cerner sa pensée et son caractère).

J’ai trouvé cette exposition particulièrement bien équilibrée et très bien fournie (fiches explicatives sur chaque film, affiches, projections d’extraits de films, correspondance, costumes et accessoires cultes, maquettes, etc.) Cette exposition est une excellente occasion de (re)découvrir les œuvres du réalisateur, de ses tout premiers documentaires jusqu’à son dernier film Eyes Wide Shut, réalisé l’année de sa disparition. J’en suis ressortie avec la ferme intention de regarder l’intégralité des films du Kubrick, notamment les premiers que je n’ai toujours pas vus.

Et pour ceux qui souhaitent voir ou revoir les films de Kubrick et qui ont raté la rétrospective intégrale proposée par la Cinémathèque, une nouvelle rétrospective sera proposée en salles à partir du 1er juin – en voici la bande annonce :

Infos pratiques :
Exposition sur deux étages (ne surtout pas oublier de monter au 7ème étage consacré à Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut) : compter environ 2 heures pour tout voir
Tarif plein : 10€ (- 26 ans : 8€)
Fin de l’exposition le 31 juillet 2011
La Cinémathèque Française
51 rue de Bercy, Paris 12ème

Mon Top 10 des films sortis (en France) en 2010

La liste (dans aucun ordre particulier, je n’arrive pas à les classer) des films qui m’ont marquée en 2010. Grande diversité des genres, certains m’ont beaucoup plus plu que d’autres, et cette liste n’est pas pour moi un classement des meilleurs films mais bien des films qui ont marqué l’année 2010, ou plutôt mon année 2010.

A Single Man

Tout simplement beau, lyrique, charnel. Les toutes premières images annoncent déjà une qualité graphique impressionnante, tandis que les Colin Firth et Julianne Moore rivalisent de talent pour nous livrer un film absolument sublime. Pas grand chose de plus à dire sur ce film, mais très peu de choses à en redire.

The Social Network

Un des films les plus attendus de l’année, et qui pour ma part ne m’a pas du tout déçu. Bon évidemment, je savais déjà que ce n’était pas un film sur les usages de Facebook (à quand un film réussi sur les usages des médias sociaux en général ?) mais bien sur les différentes étapes ayant mené à sa création. Cependant je pense que le pari était loin d’être gagné d’avance pour David Fincher : un film sur Facebook était selon moi bien plus facile à rater qu’à réussir. Et il a réussi. En partie grâce à la prestation parfaite de Jesse Eisenberg (qui m’avait fait bien rire l’année précédente dans Zombieland), mais surtout parce que David Fincher a réellement su rendre compte de la personnalité de Mark Zuckerberg, son éternel besoin de reconnaissance et sa volonté de sortir à tout pris de son invisibilité, sa volonté de revanche voire de vengeance, mais également sa solitude et son sentiment d’être incompris de tous, qui finalement ne le quittent à aucun moment du film. Reste à savoir si ledit Mark se retrouve vraiment dans ce personnage…

Gainsbourg (Vie héroïque)

Très beau premier film pour Joann Sfar, qui porte un regard très personnel sur la vie de Gainsbourg. Avec ce portrait fantasmé et anti-conformiste de Gainsbourg, et s’autorisant une liberté totale dans le mélange des genres, Joann Sfar signe un film mémorable. En dépit de certaines longueurs (l’arrivée de chaque « nouvelle femme » dans la vie de Gainsbourg donne une impression de déjà-vu), ce film est porté par des acteurs brillants – Eric Elmosnino impressionnant dans un rôle ô-combien difficile à endosser, Anna Mouglalis plutôt discrète mais toujours aussi éblouissante, mais surtout Lucy Gordon et Laetitia Casta qui signent des prestations proches de la perfection (et c’est dire, moi qui auparavant trouvais Laetitia Casta niaise et fausse dans tous ses rôles).

Fantastic Mr. Fox

Ah, Wes Anderson. Un de mes réalisateurs préférés, qui nous offre ici un chef-d’œuvre du film d’animation. Images magnifiques, bande-son irréprochable, personnages d’une humanité troublante. On y retrouve des sujets chers à Anderson, tels que le quotidien d’une famille à problèmes, les essais désespérés d’un fils pour obtenir l’approbation de son père, ou encore la jalousie que peut générer le succès des uns sur les autres. A voir absolument.

Kick-Ass

Ce film de super-héros anticonformiste mettant en scène un loser qui, fatigué de se faire racketter sans cesse, est bien décidé à mettre fin à tous les petits crimes commis dans sa ville, m’a agréablement surprise. J’ai vraiment beaucoup ri devant cette comédie qui ne se prend pas du tout au sérieux. En revanche je ne suis pas sure que ce film mérite une suite, et j’avoue avoir de gros doutes sur ce qu’elle va bien pouvoir nous réserver…

Enter the Void

Probablement ma plus grosse claque de l’année, Enter the Void est un film que j’ai trouvé complètement déroutant, parfois choquant, mais en même temps absolument éblouissant. Souvent décrit comme le film le plus ambitieux de Gaspard Noé (je ne peux pas vraiment juger, je n’ai vu d’autre qu’Irréversible que  j’avais trouvé particulièrement dérangeant au point d’en être difficile à supporter par moments), il retrace l’errance post-mortem de l’âme d’un dealer abattu par la police dans un Tokyo chaotique. Véritable parcours labyrinthique tragique entre la vie et la mort, ce film mêle savamment des plans en vue subjective et en vue de dos, avant de nous plonger dans le monde cauchemardesque du héros composé d’hallucinations en tout genre.

Toy Story 3

Moi qui n’avais pas accroché tant que ça aux deux premiers Toy Story, j’ai adoré ce troisième opus (vu en 3D, mais je ne pense pas que je l’aurais moins aimé si ça n’avait pas été le cas). Peut-être aussi est-ce parce que j’ai vieilli (ouch) et peut-être que si je revoyais les deux premiers maintenant je les aimerais, mais j’ai trouvé les personnages attachants, l’humour bien présent quand il faut, et le scénario même bien ficelé.

A Serious Man

J’ai adoré ce film des frères Coen. Un de mes Coen préférés d’ailleurs.

Kaboom

Comédie de fin de monde complètement déjantée mettant en scène des adolescents en pleine découverte de leur sexualité, Kaboom est le genre de film qu’on va voir sans s’attendre à grand chose, et qui nous bluffe totalement dès les premiers instants et ce, jusqu’à la fin. Tout y est mélangé – hallucinations, présence d’extra-terrestres, théorie du complot, drogue, sexe, poupées vaudou et sorcellerie – et pourtant, ça ne choque personne. Et la fin… Ah, je ne peux pas en dire plus.

Inception

J’ai beaucoup hésité avant de mettre ce blockbuster dans mon Top 10, mais j’ai passé un très bon moment en le regardant. On y retrouve nombre de points communs avec Matrix – et non, ce n’est pas une critique (maintenant c’est presque une honte d’avoir aimé Matrix, alors que franchement, le premier était vraiment réussi, contrairement aux deux autres absolument catastrophiques) – notamment le travail sur la force de l’esprit, la navigation dans les rêves, la frontière floue entre rêve et réalité, ainsi que le fait que l’expérience du rêve soit à la fois individuelle et collective. Pour moi, Inception est un très bon film de science-fiction (je n’irais pas non plus jusqu’à dire qu’il fait réfléchir mais il présente un concept intéressant), alternant scènes spectaculaires, d’action, jeux de miroirs mentaux, ainsi qu’une bonne dose d’introspection plus personnelle des protagonistes. Le choix du casting est d’ailleurs efficace (à part Ellen Page qui m’agace et que je ne trouve pas très crédible dans son rôle d’architecte des rêves), et le rythme du film est suffisamment soutenu pour que ses 2h30 passent sans que l’on s’ennuie.

Il va sans dire que ce Top 10 est complètement subjectif et se fonde uniquement sur des films que j’ai vus. On pourra donc s’étonner que tel ou tel film n’y soit pas, mais peut-être ne l’ai-je tout simplement pas vu. Parmi les films que j’ai raté et qui ont reçu des bonnes critiques : Les Mystères de Lisbonne, Mother, Oncle Boonmee, White Material, Vénus Noire, La Princesse de Montpensier, A cinq heures de Paris, Les Amours imaginaires, Biutiful, Tamara Drewe, Potiche, Le Nom des Gens, L’Illusioniste (beaucoup de films français – j’étais à l’étranger à partir de juin). Si j’ai l’occasion de les voir je les réintègrerai à leur place dans mon Top 10.

Et en vrac parmi mes autres coups de cœur 2010 : Des Hommes et des Dieux, Four Lions, Raiponce, Dans ses yeux, The Ghost Writer, Shutter Island, An Education, Faites le Mur, Scott Pilgrim vs. the World, Life During Wartime, et j’en ai probablement oublié beaucoup.