Quand la création collaborative se met au service de la production de films

La start-up de financement collaboratif Kickstarter a beaucoup fait parler d’elle ces derniers temps grâce au succès de la montre Pebble, détenant depuis mai dernier le record du projet ayant levé le plus de fonds sur la plateforme (10 millions de dollars levés auprès de 69 000 personnes en un mois pour un objectif initial de 100 000 dollars – la page du projet est encore disponible ici). A présent, c’est au tour du projet du stylo d’impression 3D 3Doodler d’enthousiasmer le web, puisqu’en à peine un jour le projet a déjà levé 900 000 dollars (pour un objectif de 30 000 dollars).

Ce qui fait un peu moins de bruit, c’est l’importance croissante de la plateforme de crowdfunding dans le financement de films. Et pourtant, cette année comme l’année dernière, 10% des films sélectionnés à Sundance étaient – au moins partiellement – financés par Kickstarter. Ces films n’ont d’ailleurs pas seulement remporté l’adhésion de supporters en ligne mais également celle des critiques : Blood Brother, financé via Kickstarter et Indiegogo, a remporté le mois dernier le Grand Prix du Jury de Sundance, tandis que trois films (Kings Point et Inocente dans la catégorie des Documentaires et Buzkashi Boys dans celle des Courts-Métrages) financés via Kickstarter figurent dans la liste des nominés aux Oscars. Un de ces films aura-t-il droit à son Oscar dimanche (ça suffirait peut-être à me consoler de celui qui a de grandes chances d’être remis à Argo…) ?

On entend souvent des grands noms de l’industrie du cinéma (rappelez-vous Christopher Dodd, PDG de la Motion Picture Association of America et son tristement célèbre Stop Online Piracy Act – à ce propos, ils auraient récemment décidé d’abandonner toute législation sur le sujet et de chercher d’autres voies pour combattre le piratage  ) se lamenter sur le fait que le web a provoqué le développement du piratage de films (sans prendre la peine de mesurer l’impact positif qu’il a eu sur les ventes digitales de ces mêmes films). Il serait aujourd’hui temps de reconnaître l’impact de ces levées de fonds permises par le web sur la création même de nombreux films. Voilà à présent trois ans que le Sundance Institute et Kickstarter ont annoncé leur partenariat. Et ces trois dernières années, le site a permis de lever plus de 100 millions de dollars pour financer des projets vidéos (longs et courts métrages, webséries, documentaires, etc.) auprès de 900 000 « backers » (plus de chiffres ici.)


Dans cet article paru sur Mediadecoder, David Carr compare Kickstarter à un studio, « sans les egos » des studios : contrairement à ce qui se passe avec les studios, le greenlight donné à un film ne vient pas directement de Kickstarter mais d’une communauté d’individus prêts à payer (même des petites sommes) pour permettre au film de voir le jour. Par le biais de Kickstarter, les réalisateurs peuvent enfin s’adresser directement à leur public et pitcher leur film tout en conservant leur indépendance. Et comme pour tous les projets Kickstarter, les promesses de dons ne sont versées que si l’objectif fixé initialement est atteint. « Kickstarter représente en quelque sort le triomphe des petits nombres », nous dit David Carr. A mon sens, Kickstarter marque surtout l’avènement d’un nouveau modèle de production prenant son sens non plus dans la consommation qui en découle mais bien dans son processus de création même, ce processus de création participative permettant à chacun d’apporter sa contribution.

J’aime l’économie collaborative (j’en parle ici et par exemple), et j’aime le cinéma. Quand les deux se rencontrent, ça donne toute une flopée de très beaux films. Alors vraiment, merci Kickstarter.

Si vous avez un peu de temps je vous invite à lire cette interview de Perry Chen, fondateur de Kickstarter – je crois que j’aimerais beaucoup le rencontrer.

Et pour finir, la très jolie bande-annonce de Blood Brother :

Blood Brother Trailer from Blood Brother on Vimeo.

Top films 2012

Une fois encore mon petit top des films de l’année histoire de se souvenir dans quelques temps de quoi 2012 a été faite. N’en sélectionner que 10 n’a pas été évident, mais ceux que j’ai dû enlever de la liste sont néanmoins cités un peu plus bas parmi les films qui m’ont plu cette année.
Si vous avez envie de les voir / revoir, 2 possibilités : en VOD (j’ai mis les liens sur les films disponibles à ce jour) / DVD, ou bien pour un certain nombre d’entre eux du 9 au 15 janvier lors des Incontournables UGC.

Holy Motors

De l’aube à la nuit, on passe une journée avec Monsieur Oscar, traversant Paris à bord de sa limousine blanche. Mais qui est donc Monsieur Oscar ? A chaque étape de son périple, il se transforme en quelqu’un d’autre, et devient tour à tour un financier à la tête d’une grande entreprise, un meurtrier, une mendiante, un père de famille, etc., chargé d’une mission précise. Une fois celle-ci accomplie, sa mystérieuse assistante lui indique la suite de son agenda, et initie le prochain changement d’identité d’Oscar. Holy Motors est réellement l’OVNI de l’année – s’il ne fallait en voir qu’un, ce serait celui-ci. Leos Carax offre avec Holy Motors un magnifique hommage au 7ème Art, tandis que Denis Lavant est impérial dans chacun de ses rôles, chacune de ses vies.

Take Shelter
Curtis LaForche, ouvrier habitant avec sa femme et sa fille dans une petite ville rurale de l’Ohio, devient sujet à de violents cauchemars. Ceux-ci, qui se transforment bientôt en des hallucinations, le convainquent qu’une tornade va s’abattre sur la ville, emportant tout sur son passage. Son obsession devient si forte qu’il décide de construire un abri sous-terrain afin de survivre en cas de catastrophe. Michael Shannon interprète magistralement son rôle de père de famille tiraillé entre son devoir de protéger sa famille et la peur de devenir fou – sa mère ayant été frappée de schizophrénie paranoïde au même âge que lui. Mise en scène majestueuse, tension palpable dès les premières minutes du film (la musique contribuant pour beaucoup à créer une atmosphère angoissante), jeu d’acteurs impressionnant.

La Taupe
J’avais découvert le réalisateur Tomas Alfredson avec le magnifique Morse, et quel plaisir de le retrouver aux commandes de ce film d’espionnage, adapté du roman de John Le Carré (que j’ai acheté après avoir vu le film – et que je n’ai toujours pas lu d’ailleurs). Contrairement aux films d’espionnage classique où l’on est plongé directement au cœur de l’action, on se retrouve ici davantage dans une position d’observateur à qui il manque la plupart des éléments permettant de participer pleinement à l’intrigue. On peine à déchiffrer les manœuvres sournoises des différents personnages, à comprendre les rapports entre les différents personnages, à chercher qui pourrait bien être la Taupe. Mais c’est là toute la beauté de ce film, doté par ailleurs d’une photographie sublime (on retrouve le même directeur de la photographie que dans Morse, qui avait aussi signé celle du très bon Fighter), et porté par une distribution prodigieuse (Gary Oldman / Colin Firth / Tom Hardy / Mark Strong).

Oslo 31 août

En fin de cure de désintoxication, Anders se rend à Oslo passer entretien d’embauche. Il profite de ce passage en ville pour renouer avec sa famille et ses amis qu’il avait perdus de vue. Joachim Trier nous livre une poignante introspection dans la vie de ce jeune homme complètement désorienté, mu par le désir d’un nouveau départ, d’une nouvelle vie, mais ne parvenant à réellement s’affranchir d’un sentiment de gâchis et de l’impression que les jeux sont faits et qu’il est peut-être déjà trop tard. Un très beau film questionnant la possibilité de recommencer à zéro et ouvrant une réflexion lucide sur le sens de la vie.

Les enfants loups : Ame et Yuki

J’ai toujours eu un faible pour les films d’animation japonais. Après avoir été un peu déçue par La colline aux coquelicots en début d’année, j’ai beaucoup aimé Les enfants loups de Mamoru Hosoda. On assiste au début du film à des scènes de vie d’une famille heureuse, dont les membres sont partagent un secret : le père est un homme-loup. A la mort de celui-ci, la mère décide de tout quitter et de s’installer à la campagne, à proximité d’une forêt luxuriante, afin d’élever ses enfants à l’abri des regards. Alors que la jeune fille Yuki tente de cacher à tout prix ses origines et d’avoir une vie d’adolescente « normale », le jeune Ame est de plus en plus attiré par la forêt et la vie animale. Une ode à la nature, mais également une profonde réflexion sur la gestion de l’absence (abordé à la fois à travers le point de vue de la femme et celui des enfants du défunt) ainsi que sur les notions d’héritage, de choix identitaire, et d’intégration.

Moonrise Kingdom
Un des films que j’attendais le plus cette année, et je n’ai pas été déçue. Casting de choc (Edward Norton excellent en chef scout complètement dépassé par les événements, Bruce Willis, Tilda Swinton, Bill Murray), et pourtant, c’est surtout la performance des enfants que l’on retient du dernier film de Wes Anderson. Attendrissant et drôle, Moonrise Kindgom nous transporte dans le doux monde de l’enfance, de ses aventures trépidantes et de ses premières amours.

Skyfall
De loin mon James Bond préféré depuis longtemps

Starbuck

Alors que sa femme lui annonce qu’elle est enceinte et qu’il va être père, David Wosniak apprend que suite aux nombreux dons de sperme qu’il effectuait sous le pseudonyme Starbuck quand il était plus jeune, il est déjà père de 533 enfants, dont près du tiers souhaite connaître son identité. Il décide alors de les rencontrer un à un, à leur insu, et de faire un petit quelque chose pour chacun d’entre eux. Un film drôle et touchant, dont on ressort de très, très bonne humeur (au fait, j’ai fait ici une liste de films qui mettent de bonne humeur)

Amour
La vie tranquille d’un couple de professeurs de piano à la retraite qui s’aiment comme au premier jour est bouleversée le jour où la femme subit une attaque cérébrale à la suite de laquelle elle est paralysée d’un côté. On suit ensuite le quotidien du couple marqué par la dégradation progressive de l’état de santé de la femme, tandis que son mari doit à présent l’aider à chaque instant (pour s’asseoir, se déplacer, manger, faire sa toilette). Difficile de décrire ce film tant les émotions qu’il suscite sont fortes. Et que dire des acteurs (Jean-Louis Trintignant / Emmanuelle Riva) dont la prestation est absolument exceptionnelle, et grâce à qui ce quasi huis clos dans l’appartement parisien du couple a pu devenir ce si grand film dont on ne ressort pas indemne.

Les bêtes du Sud sauvage

A travers le regard de Hushpuppy, petite fille de 6 ans vivant avec son père dans une rustique cabane dans le bayou de Louisiane, on partage la vie d’une communauté unie face aux cycles climatiques tentant de survivre à un orage. Rien qu’à voir la bande-annonce, on comprend que ce film vaut le détour et qu’il est porté par une toute jeune actrice que l’on reverra sans doute bientôt. Onirique et réaliste à la fois, cette fable a été mon dernier coup de cœur de l’année.

Mais bien d’autres films m’ont particulièrement plu cette année, parmi lesquels : De rouille et d’os, le choc Bullhead sur le trafic d’hormones animales (avec un Matthias Schoenarts encore plus impressionnant que dans De rouille et d’os), Laurence Anyways (le tandem Melvil Poupaud / Suzanne Clément fonctionne à merveille, Nathalie Baye est convaincante en mère détachée, et comme toujours avec Xavier Dolan, quelle BO !), Detachment (très belle performance d’Adrien Brody en professeur remplaçant dans un lycée difficile dans le Bronx), I Wish, Another happy day, Argo, La part des anges, J. Edgar, Martha Marcy May Marlene, Margin Call, Bellflower (malgré un final un peu brouillon), Louise Wimmer, Magic Mike, Cosmopolis, The Dark Knight Rises (même si je l’ai trouvé nettement moins bon que le précédent), Avengers, ainsi que le très beau Ernest et Célestine (que de souvenirs d’enfance réveillés par ce magnifique film d’animation), sans oublier Les Invisibles et Journal de France dans la catégorie des films documentaires réussis.

Espérons que 2013 sera aussi riche en réussites cinématographiques ! Et tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

« Pushing the movie experience into the XXth century » ?

En lisant les résultats d’un sondage réalisé par le cabinet Penn Schoen Berland pour The Hollywood Reporter indiquant que « la majorité des 18-34 ans pensent que pouvoir utiliser les réseaux sociaux en regardant un film au cinéma améliorerait leur expérience, et que presque la moitié d’entre eux seraient intéressés par des cinémas autorisant l’utilisation de téléphones pour envoyer des textos et surfer sur Internet », j’ai repensé à une pub diffusée par Orange dans les cinémas au Royaume-Uni (et dont je ne me lasse vraiment pas – il n’y a vraiment que les Anglais pour faire une pub pareille) :

Je n’éteins personnellement pas mon téléphone lorsque je vais au ciné (en fait, je n’éteins jamais mon téléphone – ah si je l’ai éteint il y a deux semaines après avoir lu sur un forum qu’éteindre son iPhone 3GS pouvait vider son cache et remédier à sa dramatique lenteur – pour ceux qui voudraient essayer : ça ne marche pas), et j’avoue y jeter un coup d’œil (mais vraiment furtif, hein) quand quelqu’un m’appelle, mais il ne me viendrait jamais à l’esprit d’y répondre (et je reconnais que c’est donc assez bête de sortir mon téléphone de ma poche pour voir qui m’appelle).

Live-tweeter un événement retransmis à la TV ne me choque pas du tout, loin de là (je remercie d’ailleurs tous ceux qui live-tweetent et me permettent de suivre un peu ce qui se passe à la TV – grâce à @MaylisAlloCine j’ai d’ailleurs allumé la mienne pour revoir Retour vers le Futur 2 ^^), mais j’ai franchement du mal à voir où est l’intérêt d’utiliser son téléphone au cinéma. C’est un peu insultant pour le réalisateur non ?

Tiens, ça me rappelle le passage de Submarine où Oliver Tate explique que partir de la salle avant la fin d’un film, c’est manquer de respect à ceux qui l’ont fait :

Les films qui m’ont marquée en 2011

Décidément, le temps passe bien plus vite qu’on ne le pense. Il n’y a pas si longtemps que ça, je publiais ici mon top 10 des films 2010, voici maintenant mon top 2011 – tout aussi subjectif que celui de l’année dernière évidemment.

L’Etrangère

L’histoire bouleversante d’une femme d’origine turque qui, épuisée par les maltraitances de son mari, décide de s’affranchir du joug des traditions en s’enfuyant de son foyer et en cherchant un refuge chez ses parents en Allemagne. Malgré leur amour pour leur fille, ces-derniers restent bien plus attachés aux valeurs de leur communauté qu’à celles de leur pays de résidence. Ils finissent par rejeter leur propre fille plutôt que d’avoir à endurer des possibles humiliations et le regard inquisiteur et réprobateur de la communauté à laquelle ils appartiennent. Un très beau film, et un exceptionnel réquisitoire contre l’intolérance d’une société ancrée dans ses traditions.

Drive

Je n’ai jamais été une très grande fan des films d’action, mais Drive est mis en scène avec une telle virtuosité que je suis restée scotchée au film, des toutes premières secondes au générique final. Qualité d’image exceptionnelle, performance inoubliable de Ryan Gosling, et pour couronner le tout, une BO tout simplement parfaite. Merci Nicolas Winding Refn

Une Séparation

Un très beau film sans artifice, porté par des acteurs exceptionnels – le genre de films devant lesquels on ne reste pas simples spectateurs et où l’on partage pleinement les sentiments des personnages.
D’ailleurs, je suis en train de me rendre compte que je n’ai toujours pas eu le temps de voir A propos d’Elly, le précédent film du réalisateur…

Black Swan

Noir. Troublant. Sublime. Un très grand Aronofsky

Et maintenant on va où

Un tout petit peu long à se mettre en place, mais presque aussi bon (en tout cas tout aussi drôle) que le délicieux Caramel (que je recommande très, très vivement à ceux qui auraient vu Et maintenant on va où et pas celui-ci)

Polisse

Je trouvais la présence de Maïwenn dans les trois-quarts des scènes du Bal des Actrices (film que j’ai vraiment beaucoup aimé par ailleurs) assez agaçante, et je crois que mon sentiment d’agacement est vite revenu en la voyant dans Polisse. A peine trois minutes plus tard, ce sentiment s’est effacé, remplacé par de l’admiration pour la réalisatrice / actrice qui signe avec Polisse un film réellement poignant. J’ai ri aux éclats lors de certaines scènes, mon cœur s’est serré pendant d’autres, mes yeux se sont humidifiés parfois. On peut aimer ou non la réalisatrice, nier son talent me paraît plus difficile.

Restless
Après avoir vu la bande-annonce de Restless, je me suis dit qu’il valait probablement mieux que je n’aille pas le voir tant j’ai redouté le mélodrame vaseux et l’histoire d’amour complètement clichée. Effectivement, les personnages sont pour le moins archétypaux, l’histoire est assez simplette, et pourtant, la magie de Gus Van Sant opère.

Super 8
Il fallait bien un gros blockbuster dans ce top, c’est J.J. Abrams qui m’a convaincue, en signant ce très bel hommage à Spielberg. Et mon petit doigt me dit que l’on reverra Elle Fanning très bientôt sur nos écrans, et que c’est vraiment mérité !

La piel que habito
Je ne comprends pas trop pourquoi ce film a été si critiqué, je le mettrais bien dans la liste de mes Almodovar préférés… Et dans un des plus grands rôles d’Antonio Banderas aussi.

Animal Kingdom
Ma claque de 2011. Vraiment dur, mais vraiment bien.

Deep End
Le chef d’œuvre de Skolimowski. J’ai bien envie de le revoir, tiens.

Bon je sais, ça fait 11 films dans un top 10, mais celui-ci ne compte pas vraiment puisque 2011 n’est que l’année de sa deuxième sortie en salles, après celle de 1971.

Mes (plus ou moins grandes) déceptions : Somewhere , The Tree of Life, Shame (il faut dire que j’en attendais beaucoup du tandem Steve McQueen / Michael Fassbender après le très bon Hunger…) , A dangerous method, L’ordre et la morale, Les hommes libres

Et mes bonnes surprises : Le complexe du castor, Intouchables, The Artist, Le Havre, Fighter, Blue Valentine, L’apollonide, souvenirs de la maison close, La guerre est déclarée, Les aventures de Tintin : le secret de la licorne, NEDS, Tomboy, Le discours d’un roi, Présumé Coupable (excellente prestation de Torreton), Minuit à Paris, Melancholia, 50/50, sans oublier le très dérangeant We need to talk about Kevin (Tilda Swinton et Ezra Miller absolument remarquables dans leurs rôles respectifs)

Les films dont j’aurais pu me passer : Time Out (pourtant le concept du temps devenu monnaie me paraissait plutôt bon), Tron, La Planète des Singes : Les Origines, Never Let Me Go, Cowboys et envahisseurs (3ème film avec Olivia Wilde de cette mini-liste, mais je vous assure que je n’ai rien contre elle, bien au contraire), Sex Friends

Les films que je n’ai pas vus et qui auraient pu y figurer d’après ce que j’ai pu lire dans la presse : L’exercice de l’Etat, Les neiges du Kilimandjaro, True Grit, Pater, Balada Triste, Habemus Papam, The green Hornet

L’expo du mois : Stanley Kubrick à la Cinémathèque

Samedi dernier, je suis enfin allée à l’exposition rendant hommage au grand Stanley Kubrick à la Cinémathèque française.

L’exposition retrace, film après film et par ordre chronologique, le parcours de Kubrick: ses débuts en tant que photographe de presse, ses premiers documentaires, ses rencontres-clés avec des producteurs et acteurs, et un espace est consacré à chacun de ses films. On retrouve également des photos prises lors des tournages, des croquis de production, des découpages techniques, des extraits de scénarios (annotés par Kubrick), qui permettent de mieux appréhender les méthodes de travail de ce réalisateur visionnaire.

Au fil des salles se dessine la personnalité du maître : sa passion pour la photographie depuis son adolescence, son goût pour la musique, le design, l’architecture – qui auront une importance considérable pour comprendre l’importance accordée par Kubrick au décor, à l’utilisation de l’espace et des jeux de lumière dans chacun de ses films.

On découvre également le rapport du cinéma de Kubrick à la censure, les thèmes qu’il a traités étant tous particulièrement sensibles (guerre dans Les sentiers de la gloire, pédophilie dans Lolita, extrême violence dans Orange mécanique, etc.) et les vives réactions qu’ont pu provoquer ses films sont illustrées par des lettres (notamment de la part d’organisations religieuses ainsi que de proches de l’armée américaine) lui étant adressées (l’habileté de Kubrick dans ses réponses permettant encore une fois de mieux cerner sa pensée et son caractère).

J’ai trouvé cette exposition particulièrement bien équilibrée et très bien fournie (fiches explicatives sur chaque film, affiches, projections d’extraits de films, correspondance, costumes et accessoires cultes, maquettes, etc.) Cette exposition est une excellente occasion de (re)découvrir les œuvres du réalisateur, de ses tout premiers documentaires jusqu’à son dernier film Eyes Wide Shut, réalisé l’année de sa disparition. J’en suis ressortie avec la ferme intention de regarder l’intégralité des films du Kubrick, notamment les premiers que je n’ai toujours pas vus.

Et pour ceux qui souhaitent voir ou revoir les films de Kubrick et qui ont raté la rétrospective intégrale proposée par la Cinémathèque, une nouvelle rétrospective sera proposée en salles à partir du 1er juin – en voici la bande annonce :

Infos pratiques :
Exposition sur deux étages (ne surtout pas oublier de monter au 7ème étage consacré à Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut) : compter environ 2 heures pour tout voir
Tarif plein : 10€ (- 26 ans : 8€)
Fin de l’exposition le 31 juillet 2011
La Cinémathèque Française
51 rue de Bercy, Paris 12ème

Mon Top 10 des films sortis (en France) en 2010

La liste (dans aucun ordre particulier, je n’arrive pas à les classer) des films qui m’ont marquée en 2010. Grande diversité des genres, certains m’ont beaucoup plus plu que d’autres, et cette liste n’est pas pour moi un classement des meilleurs films mais bien des films qui ont marqué l’année 2010, ou plutôt mon année 2010.

A Single Man

Tout simplement beau, lyrique, charnel. Les toutes premières images annoncent déjà une qualité graphique impressionnante, tandis que les Colin Firth et Julianne Moore rivalisent de talent pour nous livrer un film absolument sublime. Pas grand chose de plus à dire sur ce film, mais très peu de choses à en redire.

The Social Network

Un des films les plus attendus de l’année, et qui pour ma part ne m’a pas du tout déçu. Bon évidemment, je savais déjà que ce n’était pas un film sur les usages de Facebook (à quand un film réussi sur les usages des médias sociaux en général ?) mais bien sur les différentes étapes ayant mené à sa création. Cependant je pense que le pari était loin d’être gagné d’avance pour David Fincher : un film sur Facebook était selon moi bien plus facile à rater qu’à réussir. Et il a réussi. En partie grâce à la prestation parfaite de Jesse Eisenberg (qui m’avait fait bien rire l’année précédente dans Zombieland), mais surtout parce que David Fincher a réellement su rendre compte de la personnalité de Mark Zuckerberg, son éternel besoin de reconnaissance et sa volonté de sortir à tout pris de son invisibilité, sa volonté de revanche voire de vengeance, mais également sa solitude et son sentiment d’être incompris de tous, qui finalement ne le quittent à aucun moment du film. Reste à savoir si ledit Mark se retrouve vraiment dans ce personnage…

Gainsbourg (Vie héroïque)

Très beau premier film pour Joann Sfar, qui porte un regard très personnel sur la vie de Gainsbourg. Avec ce portrait fantasmé et anti-conformiste de Gainsbourg, et s’autorisant une liberté totale dans le mélange des genres, Joann Sfar signe un film mémorable. En dépit de certaines longueurs (l’arrivée de chaque « nouvelle femme » dans la vie de Gainsbourg donne une impression de déjà-vu), ce film est porté par des acteurs brillants – Eric Elmosnino impressionnant dans un rôle ô-combien difficile à endosser, Anna Mouglalis plutôt discrète mais toujours aussi éblouissante, mais surtout Lucy Gordon et Laetitia Casta qui signent des prestations proches de la perfection (et c’est dire, moi qui auparavant trouvais Laetitia Casta niaise et fausse dans tous ses rôles).

Fantastic Mr. Fox

Ah, Wes Anderson. Un de mes réalisateurs préférés, qui nous offre ici un chef-d’œuvre du film d’animation. Images magnifiques, bande-son irréprochable, personnages d’une humanité troublante. On y retrouve des sujets chers à Anderson, tels que le quotidien d’une famille à problèmes, les essais désespérés d’un fils pour obtenir l’approbation de son père, ou encore la jalousie que peut générer le succès des uns sur les autres. A voir absolument.

Kick-Ass

Ce film de super-héros anticonformiste mettant en scène un loser qui, fatigué de se faire racketter sans cesse, est bien décidé à mettre fin à tous les petits crimes commis dans sa ville, m’a agréablement surprise. J’ai vraiment beaucoup ri devant cette comédie qui ne se prend pas du tout au sérieux. En revanche je ne suis pas sure que ce film mérite une suite, et j’avoue avoir de gros doutes sur ce qu’elle va bien pouvoir nous réserver…

Enter the Void

Probablement ma plus grosse claque de l’année, Enter the Void est un film que j’ai trouvé complètement déroutant, parfois choquant, mais en même temps absolument éblouissant. Souvent décrit comme le film le plus ambitieux de Gaspard Noé (je ne peux pas vraiment juger, je n’ai vu d’autre qu’Irréversible que  j’avais trouvé particulièrement dérangeant au point d’en être difficile à supporter par moments), il retrace l’errance post-mortem de l’âme d’un dealer abattu par la police dans un Tokyo chaotique. Véritable parcours labyrinthique tragique entre la vie et la mort, ce film mêle savamment des plans en vue subjective et en vue de dos, avant de nous plonger dans le monde cauchemardesque du héros composé d’hallucinations en tout genre.

Toy Story 3

Moi qui n’avais pas accroché tant que ça aux deux premiers Toy Story, j’ai adoré ce troisième opus (vu en 3D, mais je ne pense pas que je l’aurais moins aimé si ça n’avait pas été le cas). Peut-être aussi est-ce parce que j’ai vieilli (ouch) et peut-être que si je revoyais les deux premiers maintenant je les aimerais, mais j’ai trouvé les personnages attachants, l’humour bien présent quand il faut, et le scénario même bien ficelé.

A Serious Man

J’ai adoré ce film des frères Coen. Un de mes Coen préférés d’ailleurs.

Kaboom

Comédie de fin de monde complètement déjantée mettant en scène des adolescents en pleine découverte de leur sexualité, Kaboom est le genre de film qu’on va voir sans s’attendre à grand chose, et qui nous bluffe totalement dès les premiers instants et ce, jusqu’à la fin. Tout y est mélangé – hallucinations, présence d’extra-terrestres, théorie du complot, drogue, sexe, poupées vaudou et sorcellerie – et pourtant, ça ne choque personne. Et la fin… Ah, je ne peux pas en dire plus.

Inception

J’ai beaucoup hésité avant de mettre ce blockbuster dans mon Top 10, mais j’ai passé un très bon moment en le regardant. On y retrouve nombre de points communs avec Matrix – et non, ce n’est pas une critique (maintenant c’est presque une honte d’avoir aimé Matrix, alors que franchement, le premier était vraiment réussi, contrairement aux deux autres absolument catastrophiques) – notamment le travail sur la force de l’esprit, la navigation dans les rêves, la frontière floue entre rêve et réalité, ainsi que le fait que l’expérience du rêve soit à la fois individuelle et collective. Pour moi, Inception est un très bon film de science-fiction (je n’irais pas non plus jusqu’à dire qu’il fait réfléchir mais il présente un concept intéressant), alternant scènes spectaculaires, d’action, jeux de miroirs mentaux, ainsi qu’une bonne dose d’introspection plus personnelle des protagonistes. Le choix du casting est d’ailleurs efficace (à part Ellen Page qui m’agace et que je ne trouve pas très crédible dans son rôle d’architecte des rêves), et le rythme du film est suffisamment soutenu pour que ses 2h30 passent sans que l’on s’ennuie.

Il va sans dire que ce Top 10 est complètement subjectif et se fonde uniquement sur des films que j’ai vus. On pourra donc s’étonner que tel ou tel film n’y soit pas, mais peut-être ne l’ai-je tout simplement pas vu. Parmi les films que j’ai raté et qui ont reçu des bonnes critiques : Les Mystères de Lisbonne, Mother, Oncle Boonmee, White Material, Vénus Noire, La Princesse de Montpensier, A cinq heures de Paris, Les Amours imaginaires, Biutiful, Tamara Drewe, Potiche, Le Nom des Gens, L’Illusioniste (beaucoup de films français – j’étais à l’étranger à partir de juin). Si j’ai l’occasion de les voir je les réintègrerai à leur place dans mon Top 10.

Et en vrac parmi mes autres coups de cœur 2010 : Des Hommes et des Dieux, Four Lions, Raiponce, Dans ses yeux, The Ghost Writer, Shutter Island, An Education, Faites le Mur, Scott Pilgrim vs. the World, Life During Wartime, et j’en ai probablement oublié beaucoup.