Kickstarter, ou l’économie de l’empathie

Moi aussi j’ai donné de l’argent à un millionnaire, et alors ?

Il y a quelques temps, je suis tombée sur cet article, accusant Zach Braff d’avoir rejoint le club des « Kickstarter abuser », que son auteur définit ainsi : « a Kickstarter abuser is a well-known person who has the financial means and/or profesionnal connections to fully fund their project without asking their fans for money but asks anyway ». Bon nombre de célébrités seraient concernées, parmi lesquelles Zach Braff.

Certes, Zach Braff est certainement millionnaire, et je me doute bien qu’il avait probablement d’autres moyens de financer son film.
Mais voilà, j’ai vu Garden State je ne sais combien de fois quand j’étais ado, et Zach Braff me faisait aussi beaucoup rire dans Scrubs. La vidéo de son pitch sur Kickstarter est marrante, m’a donné envie de donner un peu de sous, en échange de quoi j’aurai droit à un screening du film en avance et quelques goodies. En soi, le mécanisme me semble assez proche d’une précommande, à part que la contribution permet de financer le film au lieu d’être encaissée une fois le film sorti en salles. Pour moi c’est simplement une marque de soutien envers un artiste, je ne comprends pas vraiment qu’on puisse lui en vouloir d’avoir demandé des fonds par cette voie. Et puis si donner de l’argent rend les gens heureux, laissons-les donner, non ?

Un don en entraîne un autre (je vous assure, j’ai testé)

I Wish I Was Here est le premier projet que j’ai financé sur Kickstarter, j’en suis à 5 aujourd’hui (Et en pas très longtemps – oui oui voilà que je me prends pour une mécène maintenant…). Parce que je reçois fréquemment des updates des projets que j’ai backés, je vais de plus en plus souvent sur Kickstarter, et en flânant sur le site je trouve souvent des projets qui me plaisent. Je ne pense vraiment pas que les projets des pseudos « abusers » fassent de l’ombre aux autres projets sur la plateforme, bien au contraire. Ces gros pledges ont contribué de façon non négligeable à accroître la notoriété du site, et je ne pense pas être la seule à être entrée dans le « jeu » du financement de projets après avoir backé le film de Zach Braff. Si des projets d’une telle ampleur parviennent à faire venir plus de monde sur le site, alors il faudrait plutôt les remercier que de les accuser quoi que ce soit.

Mais au fond, pourquoi donne-t-on sur Kickstarter ?

Plutôt que de demander aux gens pourquoi ils donnent leur argent à des riches, il me semblerait plus intéressant de leur demander pourquoi ils donnent (tout court).

Je me suis rendue compte qu’à l’exception du film de Zach Braff, je n’ai financé sur Kickstarter que des documentaires. D’une part, parce que je suis particulièrement sensible au film en tant que mode d’expression (j’avais été particulièrement touchée par Garden State pour la justesse des relations et sentiments retranscrits dans le film). Mais surtout, parce que tous défendent des causes qui m’interpellent ou qui me sont chères, et que je suis heureuse de pouvoir contribuer, même de façon minime, à la réalisation de ces films qui permettront un jour de porter à la connaissance du public des messages auxquels je crois.

Alors que je cherchais à comprendre les raisons pour lesquelles on donne (pas forcément sur Kickstarter), un ami m’a envoyé cette vidéo, qui place le concept d’empathie au centre des relations humaines :

Alors que le XXe siècle était celui de l’introspection, le XXIe siècle est celui de l’ »outrospection », de la curiosité, de l’ouverture aux autres. L’empathie cognitive permet d’entrer dans le monde de quelqu’un d’autre, de comprendre son point de vue, ses croyances, et ainsi de mettre fin aux présupposés sur les gens et d’aller au delà des étiquettes qu’on leur attribue.

Ce qui pousse à faire quelque chose pour l’autre (sans en attendre quoi que ce soit en retour), c’est peut-être justement cette empathie, le don devenant alors une marque d’approbation d’une manière de penser ou d’agir. Que ce soit pour Alex qui fait du recyclage d’objets son mode de vie, ou pour Stacey qui souhaite réaliser un documentaire sur des enfants élevés dans des familles « non-traditionnelles » afin de sensibiliser les gens et de promouvoir la tolérance des différences, je ressens une véritable empathie qui m’a poussé à soutenir leurs projets respectifs.

Si cette empathie pousse à donner, c’est aussi celle qui me fait croire à la force d’un film documentaire : exposer à la vue de tous le quotidien de personnes différentes, leurs expériences, leur façon de penser, leurs opinions, leurs sentiments, afin de faciliter la compréhension, puis l’acceptation de points de vue différents.

Aujourd’hui, je donne pour que des gens dont je partage les convictions puissent s’exprimer et les diffuser. Je regrette de ne pas avoir financé la Pebble – qui selon moi est le précurseur de la montre du futur (et que si je la commande maintenant je ne l’aurai pas avant au moins un an..), et je reste en permanence à l’affut de projets innovants ayant vocation à améliorer nos modes de vie actuels. Demain, j’espère que je pourrai financer la commercialisation de l’imprimante 3D qui permettra au mouvement des makers de véritablement prendre son envol.

Et vous, donnez-vous sur Kickstarter ? Pour quels types de projets ?

NB : Tout ceci étant dit, I Wish I Was Here a vraiment intérêt à être bien, sinon je risque de beaucoup en vouloir à ce cher Zach !

Life is Short. Live your Dream and Share Your Passion

La maison de mes parents, c’est un peu ma caverne d’Ali Baba. J’y retrouve souvent des trésors dont j’avais complètement oublié l’existence. La dernière pépite en date étant une liste écrite quand j’avais 15 ans et que j’ai retrouvée au fond d’un tiroir (ou plus précisément, cachée dans une poche de portefeuille…) et intitulée « Liste des choses que j’aimerais faire ». Je ne me souviens plus exactement du contexte dans lequel j’ai écrit cette liste, je me rappelle simplement que c’est une amie de l’époque ou j’habitais en Malaisie qui m’avait dit de faire ça – on avait du se dire qu’on se les lirait « quand on serait vieilles » pour voir ce que ça a donné. Je ne pense pas que j’aurai l’occasion de lire cette liste avec elle alors là-voici (oui, oui… note de moi-même : Vous avez tout à fait le droit de vous moquer, j’avoue avoir bien ri moi-même en lisant le(s) dernier(s) élément(s) de la liste…) :

1. Faire le tour du monde
2. Vivre à l’étranger
3. Monter un projet humanitaire
4. Etre plus proche de ma soeur
5. Faire le GR20
6. Aller à Las Vegas

J’ai bien évidemment gardé le meilleur pour la fin (cela dit, c’était vraiment le numéro 7 sur ma liste, qui d’ailleurs n’était pas terminée, il n’y a rien d’écrit à côté des numéros 8, 9 et 10) :
7. Avoir une Porsche
Seriously??? J’ai bien envie de me dire « Non mais Allô quoi » à moi-même tellement je trouve ça ridicule. Comme quoi on change quand même en 10 ans (heureusement).

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, après avoir reçu (et accroché !) mon Holstee Manifesto, je viens de m’écrire un mail à « moi dans 2 ans ». Parce que 10 ans c’est probablement trop long pour s’arrêter, se poser des questions (et j’ai quand même honte de me dire que le seul item que je peux cocher sur cette liste est d’être allée à Las Vegas avec des amis sur un coup de tête), et faire ce qu’il faut pour être heureux.

Je regarde cette vidéo presque tous les jours depuis quelques temps, et je ne m’en lasse pas. Je pense qu’elle reflète vraiment l’état d’esprit de notre génération, et renforce ma conviction qu’on pourra faire de très belles choses (je pense notamment à tout ce qui touche à la consommation collaborative, ainsi qu’à des projets qui me plaisent particulièrement tels que Hello Europe, mais je sais qu’il y en a et qu’il y en aura beaucoup d’autres dans le même genre) et que l’engagement en faveur de grandes causes est loin d’être l’apanage des années 1960-80 :

All work and all play (legendado) from Box1824 on Vimeo.

NB : A propos de la Porsche (non, je ne m’en remets décidément toujours pas) : si un jour j’en achète vraiment une je m’engage à l’offrir à la première personne qui me ressort cet article (vraiment).

Partager socialement ses objectifs ou les garder pour soi ?

Aujourd’hui, j’ai failli aller courir. Puis je me suis dit que non, que j’étais fatiguée et que je devais me lever tôt demain, et j’ai reporté à plus tard – comme je le fais depuis un certain temps, et de plus en plus souvent (il y a toujours une bonne excuse pour le faire – la fatigue, le froid, la pluie, un dîner, etc.). Plus tard, je me suis rappelée qu’en janvier, j’annonçais fièrement sur Facebook que je me donnais pour objectif de courir en 2012 plus de km qu’en 2010 et 2011 cumulés. Nous voici à la moitié de l’année et d’après mon Tableau de Bord Nike+ (oh tiens, une nouvelle version du site !), j’ai couru cette année 257.21 km, contre 320.55 km en 2011 et 441.60 km en 2010, et je suis donc bien loin de mon objectif de 763 km (mais tout n’est pas perdu, d’ailleurs c’est décidé je m’y remets cette semaine).

On a tous dans notre entourage des amis qui ont partagé avec nous leur envie d’arrêter de fumer, de perdre quelques kilos, de courir un marathon, etc. Nos amis prennent alors une place toute particulière dans la réalisation d’objectifs personnels. Partager socialement ses objectifs est censé être un facteur de motivation – l’autre devient témoin tout d’abord d’un engagement, puis d’une progression, et il devient ensuite plus difficile de nier ou de se trouver des excuses pour ne pas remplir ses objectifs. Sur le site Nike+, la logique initiale de la motivation purement personnelle (les différents niveaux que l’on atteint en fonction du nombre de km parcourus) a été complétée (voire complètement remplacée, je n’arrive plus à trouver mon niveau sur le nouveau site, alors que j’étais très fière d’avoir atteint le niveau bleu) par une logique de la motivation par les autres : il est en effet possible de se fixer des objectifs, de défier des amis, mais surtout, depuis la nouvelle mouture du site, de se comparer aux autres membres de la communauté. Et à ma connexion aujourd’hui, j’ai eu le droit à ceci (merci Nike, je n’avais rien demandé moi – la honte :D ) :

« Repeated psychology tests have proven that telling someone your goal makes it less likely to happen. »

Je garde encore espoir quant à la réalisation de mon objectif sportif de l’année (si, si, c’est vrai – et l’image du dessus est quand même assez motivante), mais je me pose quand même la question de l’impact réel du partage d’objectifs, d’autant plus que la thèse inverse de la motivation par les autres existe aussi.

Dans ce talk TED, Derek Sivers affirme ainsi que garder ses objectifs pour soi serait préférable, car le simple fait de partager un objectif avec quelqu’un qui en reconnaîtrait la valeur transformerait ledit objectif en réalité sociale, générant elle même une satisfaction similaire à la satisfaction d’un travail achevé. Et c’est précisément cette satisfaction qui réduirait la motivation pour fournir les efforts nécessaires à la réalisation de l’objectif initial.

Je vais donc jouer le cobaye, je me suis fixé un autre objectif à tenir jusqu’à la fin de l’année (et pour lequel j’ai déjà pris du retard, damn it) et que je garderai pour moi. Et on verra bien ce que ça donne en décembre !

« Pushing the movie experience into the XXth century » ?

En lisant les résultats d’un sondage réalisé par le cabinet Penn Schoen Berland pour The Hollywood Reporter indiquant que « la majorité des 18-34 ans pensent que pouvoir utiliser les réseaux sociaux en regardant un film au cinéma améliorerait leur expérience, et que presque la moitié d’entre eux seraient intéressés par des cinémas autorisant l’utilisation de téléphones pour envoyer des textos et surfer sur Internet », j’ai repensé à une pub diffusée par Orange dans les cinémas au Royaume-Uni (et dont je ne me lasse vraiment pas – il n’y a vraiment que les Anglais pour faire une pub pareille) :

Je n’éteins personnellement pas mon téléphone lorsque je vais au ciné (en fait, je n’éteins jamais mon téléphone – ah si je l’ai éteint il y a deux semaines après avoir lu sur un forum qu’éteindre son iPhone 3GS pouvait vider son cache et remédier à sa dramatique lenteur – pour ceux qui voudraient essayer : ça ne marche pas), et j’avoue y jeter un coup d’œil (mais vraiment furtif, hein) quand quelqu’un m’appelle, mais il ne me viendrait jamais à l’esprit d’y répondre (et je reconnais que c’est donc assez bête de sortir mon téléphone de ma poche pour voir qui m’appelle).

Live-tweeter un événement retransmis à la TV ne me choque pas du tout, loin de là (je remercie d’ailleurs tous ceux qui live-tweetent et me permettent de suivre un peu ce qui se passe à la TV – grâce à @MaylisAlloCine j’ai d’ailleurs allumé la mienne pour revoir Retour vers le Futur 2 ^^), mais j’ai franchement du mal à voir où est l’intérêt d’utiliser son téléphone au cinéma. C’est un peu insultant pour le réalisateur non ?

Tiens, ça me rappelle le passage de Submarine où Oliver Tate explique que partir de la salle avant la fin d’un film, c’est manquer de respect à ceux qui l’ont fait :

L’ère du « tout maintenant » nous rend-elle plus heureux ?

Alors que j’étais tranquillement sur mon ordinateur avec la télé allumée en fond, j’entends « la nouvelle Fiat 500 à 149 euros par mois sans apport ». Dit comme ça, ça n’a effectivement pas l’air très cher. Pour combien de temps, pour quel prix total, ça on ne le sait pas vraiment – pour cela il aurait fallu lire le message qui défilait en bas de l’écran, et j’ai levé la tête trop tard pour pouvoir le faire. Le message que je retiens, c’est donc que je peux potentiellement avoir une voiture pour 149 euros par mois.

A en croire toutes nombre de publicités, l’achat à crédit est devenue monnaie courante. « Achetez maintenant, payez dans trois mois », « votre télévision à 19€… par mois, pendant 5 ans », etc. Et c’est vrai que c’est tentant : pour acheter mon premier iPod, j’ai dû mettre de côté l’argent que je gagnais grâce à mes heures de baby-sitting & co pendant de longs mois, afin de réunir péniblement la somme de 319€ (et oui, c’est le prix que le petit nano coûtait à l’époque, et pour seulement 4 Go…). Si j’avais pu l’acheter à crédit, quelques petites heures de baby-sitting m’auraient déjà permis de profiter de l’objet tant convoité, avant de le payer… plus tard.

De mon côté, je n’ai encore jamais acheté de « bien de consommation » à crédit. J’ai tendance à préférer économiser toute seule dans mon coin avant d’acheter quoi que ce soit. Pourquoi ? Tout d’abord, parce que j’avoue que ça me fait assez peur. Je n’aime pas être engagée (un grand merci à Xavier Niel grâce à qui on n’est dorénavant plus obligé de s’engager pour son forfait mobile – en revanche pour l’achat du terminal qui va avec, on a le droit à… un paiement en 24 à 36 mois… hum, hum), et le fait de devoir payer pendant des années pour un bien qui sera déjà obsolète à l’heure où j’aurai fini de le rembourser ne m’enchante pas vraiment. Mais aussi, parce que je change d’avis suffisamment souvent pour ne pas souhaiter renoncer à ma capacité de le faire. Economiser, c’est se donner le temps de réfléchir, de se poser des questions, et parfois de renoncer à un achat compulsif ou à une lubie. Acheter à crédit, c’est élargir considérablement le champ de ses achats possibles, parfois à raison, parfois à tort.

Je suis sûre que l’achat à crédit a sans doute permis à un tas de personnes de subvenir à des besoins essentiels, ou quasi-essentiels – peut-être qu’un couple aura ainsi pu acheter une poussette (sérieusement, ça coûte un bras ces trucs) pour son bébé, qu’un étudiant aura pu s’offrir un ordinateur pour ses études, et je ne sais quoi encore. Cependant, je reste encore largement dubitative sur les bienfaits d’une communication de plus en plus orientée vers ce mode de paiement – la possibilité de pouvoir acheter (presque) tout immédiatement est-elle réellement bénéfique ? Sait-on encore attendre ?

149€ / mois le pot de yaourt, c'est pas donné !

Photo : © Fiat Marseille

Réseaux sociaux et force des liens faibles

Parfois, je me pose des questions sur la façon dont je gère mon identité sur les réseaux sociaux.
Je ne tiens pas ici à parler de l’éternel débat entre les partisans du « toute ma vie est sur Facebook » et ceux du « et bah moi, mon mur et toutes mes infos ne sont accessibles que par moi, ma vie est confidentielle, le méchant Facebook ne m’aura pas comme ça » (ah, ah). Chacun fait ce qu’il veut, personnellement j’ai du mal à croire que ce qui est publié sur un mur puisse être si préjudiciable que ça, et je me dis que les personnes qui sont suffisamment stupides pour se faire « avoir » par ce qu’elles publient sur les réseaux sociaux ne sont probablement pas des lumières non plus IRL… (Je repense à la malheureuse Stef… qui avait accepté la DRH d’une entreprise avant de passer un entretien avec elle et qui avait eu la bonne idée de se lâcher sur son mur Facebook après son entretien – par ailleurs échoué. La photo avait pas mal tourné l’année dernière, mais je la remets ici au cas où, elle me fait encore sourire…)

Bref, je m’égare (si le sujet vous intéresse, je me souviens qu’un reportage plutôt pas mal « Ma vie à poil sur le Net » du journaliste du Monde Yves Eudes avait été diffusé sur Canal+, et il est très certainement possible de le retrouver quelque part… Youtube par exemple).

Liens forts vs. liens faibles : la force des liens faibles ?

Une question que beaucoup de gens se posent est celle de la ligne éditoriale à adopter sur les médias sociaux – de quoi parler sur son mur Facebook, dans ses tweets, etc. Cette question est liée aux problématiques de personal branding, d’e-réputation , tout ça tout ça. Ce n’est pas non plus de ce point que je voudrais parler ici, mais plutôt de la notion de réseau fort ou faible. Les recherches du sociologue Mark Granovetter sur la diffusion de l’information au sein d’une communauté, et sa théorie de la « force des liens faibles » qui en a émané, ont montré que les liens faibles étaient ceux qui favorisaient la circulation d’information entre des cercles de « relations fortes » différents, tandis qu’au sein d’un réseau de liens forts, il existe peu de nouveauté d’informations. Ses études sur un panel de cadres américains ont ainsi permis de montrer que ces derniers trouvaient plus rapidement un poste en s’appuyant sur leur réseau de liens faibles que sur leurs liens forts.
Au vu du nombre de personnes qui m’ajoutent à tour de bras sur Linkedin (« XX has indicated that you’re a friend » étant particulièrement amusant à lire lorsque le XX en question n’a jamais daigné t’adresser la parole en quatre ans d’Ecole…), j’ai tendance à penser que la théorie de Granovetter commence à être connue. Sauf qu’à mon sens, il faudrait ajouter une distinction entre un lien faible et un lien inexistant. Un vrai lien faible suppose quand même un minimum d’interactions pour exister. Je ne vois pas l’intérêt d’accepter des personnes que je n’apprécie franchement pas sous prétexte qu’elles pourraient faire partie de mon réseau de liens faibles. Quand un lien n’a aucune chance d’être activé un jour, alors pour moi ce n’en est pas un (c’est comme un lien mort sur une page Web, ça ne sert à rien).
Je ne dis pas que je n’ai jamais accepté de personnes que je ne connaissais pas, j’ai déjà accepté des invitations « motivées » de type « on ne se connaît pas mais j’ai l’impression qu’on a les mêmes centres d’intérêt et on sera surement amené à se côtoyer un jour ou l’autre » – pourquoi pas, après tout.

« Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables. »

Non, cette jolie petite citation n’est pas de moi, c’est Verlaine qui l’a écrite. Et sa réciproque me semble tout aussi vraie. Et pourtant qui n’a jamais, après avoir rencontré quelqu’un, fait un petit tour sur son profil Facebook, comme ça, juste pour voir quels étaient nos « mutual friends » ? Plus d’une fois, il m’est arrivé de me faire une idée de quelqu’un à partir de ces « mutual friends » (ami de gens que j’aime bien : ça doit être quelqu’un de bien / ami de gens que je n’aime pas – et très clairement j’en ai un certain nombre dans mes amis Facebook : probablement à éviter.) Comme le souligne très justement Verlaine, on court en pratiquant ce genre d’associations le risque de se tromper complètement sur ladite personne.
Sur Facebook, j’accepte plus ou moins tout le monde, je pense que n’importe quelle personne censée peut comprendre que mes 745 « friends » ne sont pas tous mes amis. Mais sur les réseaux professionnels, peut-on réellement faire la même chose ? Que va penser le recruteur qui va voir que je suis « amie» avec un ancien employé incompétent ou détestable ?
En réalité, je n’ai pas de réponse à ça, tout ceci n’a probablement que peu d’importance. Mais dans le doute, je préfère pour l’instant continuer à refuser les demandes d’ajouts de personnes auxquelles je préfère ne pas être associée par un potentiel recruteur. Récemment, j’ai d’ailleurs songé à retirer certaines personnes de mes connexions pour les mêmes raisons, mais je ne l’ai toujours pas fait, sans trop savoir pourquoi. A méditer…

La consommation collaborative

C’est lors d’un cours de Cross-Cultural Management que l’idée de commencer un blog m’est venue (malheureusement pas par intérêt quelconque pour ce cours mais par refus de perdre 3 heures par semaine à écouter deux profs nous faire un déballage de poncifs et de stéréotypes sur la communication inter-culturelle), c’est également lors de ce cours que je puise mes idées d’articles. Regardant par dessus mon épaule pour voir comment pouvait bien s’occuper mon voisin de table, je constate qu’il est tranquillement en train de remplir la page Wikipédia des élections cantonales en Loire-Atlantique pour chaque canton (Résultats publiés ici et consolidés par mon cher voisin ici). Bon, d’accord il n’a pas choisi la Loire-Atlantique par pur hasard (il vient de Nantes), mais quand même. J’ai toujours admiré les contributeurs de Wikipédia, mais j’avoue m’être souvent demandée qui pouvait bien passer (sous-entendu perdre) son temps à écrire des articles sur Wikipédia. Et mon voisin de m’apprendre qu’il le faisait beaucoup en prépa, essentiellement des traductions de pages anglophones, « juste comme ça ».

Une économie du partage

Le partage, la collaboration, la coopération, sont des sujets très en vogue en ce moment. Ce qui, à mon sens, présente avant tout de nombreux avantages – facilitation de la diffusion d’information, partage d’expériences (ratings d’hôtels et de restaurants, témoignages pertinents sur des forums de santé, etc.). Ainsi, je me rends sur Tripadvisor avant de réserver un hôtel, Allociné avant d’aller voir un film (ce qui ne m’a pas empêchée d’aller voir Never Let Me Go avec – non je pense qu’il vaut mieux taire l’identité de ladite personne afin de préserver sa réputation…), lis les avis des contributeurs de Qype (et assimilés) avant de tester un nouveau bar ou un nouveau resto, etc. Et je contribue assez peu en dehors des liens que je tweete et des tips que je laisse sur Foursquare. Autrement dit, je collabore peu, mais je consomme beaucoup. Collaboration et consommation, deux mots qui semblent s’opposer : à l’idée de communauté véhiculée par la notion de collaboration s’oppose celle d’individualité associée à la consommation. Alors l’expression consommation collaborative est-elle antithétique ?

De la possession à l’usage
L’expression « consommation collaborative » a, à ma connaissance, été forgée par Rachel Botsman et Roo Rogers, auteurs de What’s Mine is Yours – The rise of collaborative consumption. Je n’ai pas lu le bouquin, mais j’ai en revanche regardé cette excellente vidéo Ted de Rachel Botsman présentant le concept (non elle n’a rien inventé si ce n’est une expression pour décrire une pratique, mais la vidéo n’en demeure pas moins intéressante pour autant) :

Et pour les pressés qui n’ont pas voulu cliquer sur la vidéo, regardez au moins celle-ci (3 minutes au lieu de 15) qui en fait un bon résumé :

Ainsi, la collaboration collective, c’est le fait de prêter, louer, échanger des objets au sein de communautés de pairs. A l’économie de la possession (et du stockage inutile) se substitue une économie de l’usage. Les exemples cités par Rachel Botsman dans son talk sont convaincants : tout le monde a une perceuse (pas moi ^^) – qui ne sert en moyenne que douze minutes – alors que ce qui nous intéresse, « c’est le trou et non la perceuse ». De même, on ne se sert en moyenne de sa voiture qu’une heure sur 24, alors autant la partager ou la louer. J’aime bien cette image (je ne sais pas de qui elle est, je l’ai récupérée sur cet article de Bruce Sterling sur Wired) représentant l’évolution du marché automobile, de la possession à l’usage via la location de pair à pair.

 

Le capital « réputationnel »,  monnaie de l’économie de l’usage

Comment cette nouvelle économie peut-elle fonctionner sans qu’il y ait de profiteurs ? Un peu à la manière des sites tels qu’Ebay ou Amazon : lorsque vous effectuez une transaction vous recevez une note, et vous vous construisez ainsi une réputation. Plus votre rating est élevé, plus on vous considèrera comme une personne de confiance, et plus les gens voudront échanger avec vous. La monnaie est ainsi dématérialisée, chacun tentant non pas de s’enrichir mais d’augmenter son capital « réputationnel », nouvelle monnaie sociale.

Le grand saut

Ca y est, je me lance enfin. Mon tout premier article, sur mon tout premier blog. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Manque de temps ? Probablement pas, car il faut bien le dire, le temps libre n’est certainement pas ce qui manque le plus en école de commerce.

Manque de valeur ajoutée ? C’est effectivement ce que je me suis dit pendant longtemps. Après tout, qu’est-ce que je pourrais bien avoir à dire qui n’a pas déjà été dit avant par quelqu’un d’autre ? (tiens, ceci me rappelle mon échange à Londres au semestre dernier : « Chaque phrase que vous écrivez dans votre essai doit être suivie d’une référence académique. – Mais, comment fait-on si une idée vient de nous ? – Non, cela n’est pas possible, cela a forcément été étudié par un auteur. » bon, d’accord…) Mais en y réfléchissant bien, je lis régulièrement les blogs d’amis et j’y trouve toujours des points de vue intéressants.

Manque de LA passion ? Ah, là on se rapproche. C’est un véritable problème chez moi, je n’ai pas vraiment de passion. Beaucoup de gens auront beau me dire que, « mais si, bien sûr, tout le monde a une passion », eh bien non. En réalité, je suis une personne très éclectique et je m’intéresse à beaucoup de sujets très variés dont je suis l’actualité de près ou de loin. Mais mon expertise sur chacun de ces thèmes demeure très limitée, si bien qu’en fin de compte, je ne peux pas décemment me prétendre passionnée par tel ou tel sujet, car en face d’un réel passionné, je ne ferais pas illusion bien longtemps.

Finalement la vraie question, c’est peut-être : « Pourquoi s’y mettre maintenant ? » A vrai dire, je ne le sais pas bien. Mais après tout, pourquoi pas ? (petite pensée émue pour ma prof de français de prépa « Le pourquoi pas est délicieux », les anciens LLG sauront de quoi il est question) Plus sérieusement, ce qui me motive, c’est peut-être aussi l’envie de laisser une trace quelque part, pas vraiment pour que l’on se souvienne de moi, mais plutôt pour que moi, je me souvienne. Notre société connaît une phase de changements profonds et rapides et parfois j’ai déjà du mal à me souvenir « comment c’était avant.» (une chose est sure, avant notre logo Malabar c’était pas un vieux chat tout pourri). Tenir un blog est selon moi une façon comme une autre de témoigner sur une époque, et qui sait, cela sera peut-être utile un jour.

Alors aujourd’hui, 19 mars 2011, j’ai décidé d’écrire. Je suis en train de me rendre compte que cet article est déjà bien trop long, mais rassurez-vous, tous ne le seront pas autant. Sur quoi vais-je donc écrire ? Probablement sur un peu de tout, sur des sujets d’actualité qui m’interpellent, sur des tendances de fond qui m’intéressent, ou tout simplement sur des idées qui me viennent à l’esprit. Bienvenue sur mon blog.