Kickstarter, ou l’économie de l’empathie

Moi aussi j’ai donné de l’argent à un millionnaire, et alors ?

Il y a quelques temps, je suis tombée sur cet article, accusant Zach Braff d’avoir rejoint le club des « Kickstarter abuser », que son auteur définit ainsi : « a Kickstarter abuser is a well-known person who has the financial means and/or profesionnal connections to fully fund their project without asking their fans for money but asks anyway ». Bon nombre de célébrités seraient concernées, parmi lesquelles Zach Braff.

Certes, Zach Braff est certainement millionnaire, et je me doute bien qu’il avait probablement d’autres moyens de financer son film.
Mais voilà, j’ai vu Garden State je ne sais combien de fois quand j’étais ado, et Zach Braff me faisait aussi beaucoup rire dans Scrubs. La vidéo de son pitch sur Kickstarter est marrante, m’a donné envie de donner un peu de sous, en échange de quoi j’aurai droit à un screening du film en avance et quelques goodies. En soi, le mécanisme me semble assez proche d’une précommande, à part que la contribution permet de financer le film au lieu d’être encaissée une fois le film sorti en salles. Pour moi c’est simplement une marque de soutien envers un artiste, je ne comprends pas vraiment qu’on puisse lui en vouloir d’avoir demandé des fonds par cette voie. Et puis si donner de l’argent rend les gens heureux, laissons-les donner, non ?

Un don en entraîne un autre (je vous assure, j’ai testé)

I Wish I Was Here est le premier projet que j’ai financé sur Kickstarter, j’en suis à 5 aujourd’hui (Et en pas très longtemps – oui oui voilà que je me prends pour une mécène maintenant…). Parce que je reçois fréquemment des updates des projets que j’ai backés, je vais de plus en plus souvent sur Kickstarter, et en flânant sur le site je trouve souvent des projets qui me plaisent. Je ne pense vraiment pas que les projets des pseudos « abusers » fassent de l’ombre aux autres projets sur la plateforme, bien au contraire. Ces gros pledges ont contribué de façon non négligeable à accroître la notoriété du site, et je ne pense pas être la seule à être entrée dans le « jeu » du financement de projets après avoir backé le film de Zach Braff. Si des projets d’une telle ampleur parviennent à faire venir plus de monde sur le site, alors il faudrait plutôt les remercier que de les accuser quoi que ce soit.

Mais au fond, pourquoi donne-t-on sur Kickstarter ?

Plutôt que de demander aux gens pourquoi ils donnent leur argent à des riches, il me semblerait plus intéressant de leur demander pourquoi ils donnent (tout court).

Je me suis rendue compte qu’à l’exception du film de Zach Braff, je n’ai financé sur Kickstarter que des documentaires. D’une part, parce que je suis particulièrement sensible au film en tant que mode d’expression (j’avais été particulièrement touchée par Garden State pour la justesse des relations et sentiments retranscrits dans le film). Mais surtout, parce que tous défendent des causes qui m’interpellent ou qui me sont chères, et que je suis heureuse de pouvoir contribuer, même de façon minime, à la réalisation de ces films qui permettront un jour de porter à la connaissance du public des messages auxquels je crois.

Alors que je cherchais à comprendre les raisons pour lesquelles on donne (pas forcément sur Kickstarter), un ami m’a envoyé cette vidéo, qui place le concept d’empathie au centre des relations humaines :

Alors que le XXe siècle était celui de l’introspection, le XXIe siècle est celui de l’ »outrospection », de la curiosité, de l’ouverture aux autres. L’empathie cognitive permet d’entrer dans le monde de quelqu’un d’autre, de comprendre son point de vue, ses croyances, et ainsi de mettre fin aux présupposés sur les gens et d’aller au delà des étiquettes qu’on leur attribue.

Ce qui pousse à faire quelque chose pour l’autre (sans en attendre quoi que ce soit en retour), c’est peut-être justement cette empathie, le don devenant alors une marque d’approbation d’une manière de penser ou d’agir. Que ce soit pour Alex qui fait du recyclage d’objets son mode de vie, ou pour Stacey qui souhaite réaliser un documentaire sur des enfants élevés dans des familles « non-traditionnelles » afin de sensibiliser les gens et de promouvoir la tolérance des différences, je ressens une véritable empathie qui m’a poussé à soutenir leurs projets respectifs.

Si cette empathie pousse à donner, c’est aussi celle qui me fait croire à la force d’un film documentaire : exposer à la vue de tous le quotidien de personnes différentes, leurs expériences, leur façon de penser, leurs opinions, leurs sentiments, afin de faciliter la compréhension, puis l’acceptation de points de vue différents.

Aujourd’hui, je donne pour que des gens dont je partage les convictions puissent s’exprimer et les diffuser. Je regrette de ne pas avoir financé la Pebble – qui selon moi est le précurseur de la montre du futur (et que si je la commande maintenant je ne l’aurai pas avant au moins un an..), et je reste en permanence à l’affut de projets innovants ayant vocation à améliorer nos modes de vie actuels. Demain, j’espère que je pourrai financer la commercialisation de l’imprimante 3D qui permettra au mouvement des makers de véritablement prendre son envol.

Et vous, donnez-vous sur Kickstarter ? Pour quels types de projets ?

NB : Tout ceci étant dit, I Wish I Was Here a vraiment intérêt à être bien, sinon je risque de beaucoup en vouloir à ce cher Zach !