La révolution de Netflix en est-elle vraiment une ?

Avec la sortie de la – très attendue – première saison de House Of Cards le 1er février, Netflix a enfin réussi son pari de révolutionner la télévision. Et pourtant, il était loin d’être gagné d’avance. Mais qu’est-ce qui va réellement changer pour le (télé)spectateur ?

De la diffusion de contenus « outdatés » à la création originale

Si aux Etats-Unis, la chronologie des médias permet de rendre un film disponible au sein d’un service de VOD par abonnement (SVOD) environ un an après sa sortie en salles, ce délai est porté à 36 mois en France. Alors que certains critiquent déjà la fraîcheur du catalogue Netflix aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on a bien du mal à imaginer comment Netflix pourrait sortir un service convaincant en France s’il ne devait être composé que de films de plus de trois ans et de séries diffusées et rediffusées à la télévision. Dès lors, comment parvenir à convaincre les spectateurs de s’abonner au service puis de payer tous les mois pour continuer à y accéder ?

La clé du succès de la chaîne HBO aux Etats-Unis réside dans ses créations originales – Les Soprano, The Wire, Boardwalk Empire, Game of Thrones, et plus récemment Girls ont toutes contribué à bâtir puis renforcer le prestige de la chaîne, et la qualité de ces séries lui suffit probablement à maintenir une base d’abonnés fidèles. Deux critères essentiels donc : qualité du contenu, et exclusivité (au moins pour une durée suffisamment longue).

Après avoir déboursé 1 million de dollars par épisode de Mad Men pour obtenir l’exclusivité en streaming de la série phare d’AMC (et alors qu’Amazon vient de signer un deal similaire pour Downton Abbey), Netflix est passé à la vitesse supérieure en se lançant comme HBO dans la création originale. Pour acquérir les droits des deux premières saisons de House Of Cards, Netflix aurait déboursé plus de 100 millions de dollars, une somme supérieure à celle que des grandes chaînes comme HBO ou AMC étaient prêtes à payer. Et tandis que traditionnellement les chaînes ne commandent une série que si le pilote les a convaincues, Netflix a marqué les esprits en commandant d’un coup les deux premières saisons de 13 épisodes chacune complètement à l’aveugle (en sachant tout de même que la série était produite et en partie réalisée par David Fincher et que Kevin Spacey y incarnait le personnel principal, ce qui n’est pas rien).

Netflix n’a pas l’air de vouloir s’arrêter là, comme en témoigne le développement prochain de « Turbo: F.A.S.T. (Fast Action Stunt Team) », une série pour enfants inspirée du dessin animé Dreamworks qui sortira cet été.

Et Ted Sarandos, Directeur des contenus de Netflix, disposerait d’un budget de 6 milliards de dollars pour les 3 prochaines années, dont 300 millions consacrés à la production originale. Son objectif ? Devenir HBO avant que HBO ne devienne Netflix.

Netflix n’est pas le seul service de vidéos à se lancer dans la création originale dans l’espoir de capter l’audience des chaînes TV. Amazon a récemment annoncé son intention de produire des séries et aurait décidé de financer 12 pilotes (6 comédies et 6 séries pour enfants). Netflix comme Amazon mettent en avant le fait que contrairement aux grandes chaînes du câble, elles n’interfèreront pas dans le développement des créations originales, laissant ainsi aux réalisateurs et aux producteurs une liberté totale. J’ai le sentiment que cette indépendance vis-à-vis des chaînes aura au moins un impact positif sur qualité des contenus en rendant les scénaristes maîtres de leurs programmes, et ce sans avoir à se préoccuper des coupes publicitaires régulières imposant leur rythme aux épisodes. Il devrait (ou pourrait) ainsi en résulter des scénarios plus travaillés, sans suspense artificiellement provoqué avant chaque publicité pour tenir le spectateur en haleine (et le faire rester devant la télévision pour ne pas rater la suite).

Microsoft a également annoncé son retour dans les contenus, et espère lancer ses propres contenus sur la Xbox dès la fin de l’année, en mettant l’accent sur les contenus interactifs, plus attrayants pour leur public.

En France, OCS suit également le modèle d’HBO et vient de lancer sa troisième création originale : Lazy Company, actuellement en cours de diffusion sur OCS max.

Nouveaux programmes, nouveaux usages

Voilà déjà bien longtemps que la télévision n’est plus seulement linéaire (bon, sauf pour le foot et la Nouvelle Star si vous voulez). De nombreux programmes sont disponibles gratuitement en catch-up pendant une durée de 7 jours à compter de leur diffusion TV via les box des opérateurs ou sur le web. En ce qui concerne les séries – rarement disponibles en catch-up sur les chaînes gratuites – il a longtemps fallu se plier aux diffusions hebdomadaires des chaînes. Et pourtant là encore, certaines chaînes ont su innover et proposer des services permettant aux téléspectateurs de s’affranchir – en partie – des contraintes de la programmation linéaire. Ainsi, sur les chaînes OCS, la fonctionnalité start-over permet de reprendre au début un programme pendant sa diffusion sur la chaîne. Vous arrivez 20 mn après le début de Walking Dead ? Hop, un petit clic sur « redémarrer » et la série recommence rien que pour vous.

Netflix a voulu aller encore plus loin avec House Of Cards. Après avoir ouvertement pris position contre l’ “insatisfaction contrôlée” (“The point of managed dissatisfaction is waiting. You’re supposed to wait for your show that comes on Wednesday at 8 p.m., wait for the new season, see all the ads everywhere for the new season, talk to your friends at the office about how excited you are”), Reed Hastings, PDG de Netflix, a déclaré vouloir mettre fin à l’attente hebdomadaire caractéristique des séries TV en rendant tous les épisodes de la première saison de House Of Cards disponibles en même temps.

Voilà déjà quelques temps que l’on commençait à parler de “binge-viewing” (terme dérivé de “binge-drinking”) pour décrire un nouveau mode de consommation des séries TV, consistant à enchaîner de nombreux épisodes sans s’arrêter.

Pour ma part, j’ai plutôt tendance à regarder mes séries toutes les semaines, sauf pour la saison 1 de Girls que j’ai regardée en une fois pendant ma grippe en décembre. Cependant, il m’est également arrivé plusieurs fois de laisser passer quelques semaines sans regarder Mad Men pour pouvoir ensuite regarder plusieurs épisodes à la suite, ce que je faisais déjà pour Six Feet Under. Pour ces séries au format long, j’ai le sentiment que l’on perçoit mieux certaines subtilités en regardant plusieurs épisodes de façon rapprochée, que l’on parvient mieux à faire des liens entre certaines scènes, et que l’on comprend davantage la psychologie et les traits de caractère des personnages.

Un petit sondage effectué par Wired à peine une semaine après la sortie de House Of Cards met en évidence le fait qu’avec House Of Cards, le binge viewing a été la règle.

Pour ma part, je suis encore assez partagée sur ce modèle de consommation. Tout d’abord, je suis aujourd’hui en sérieux manque de sommeil, comme doivent probablement l’être toutes les personnes qui ont regardé la série (heureusement que la 2ème saison n’est pas sortie en même temps…), et je me dis que j’aurais peut-être préféré une modération imposée via une diffusion périodique des épisodes de série.

Ensuite, j’ai même si j’ai trouvé cette série excellente, j’ai quand même regretté la relative perte de lien social provoqué par sa non-diffusion à la télévision. L’avantage de la diffusion en linéaire, c’est que tous mes amis suivant telle ou telle série en sont tous au même épisode. Je me suis retrouvée plusieurs fois à faire des soirées True Blood, Californication, Mad Men, etc. avec des amis, ce que j’ai un peu de mal à imaginer sur un service tel que Netflix : pourquoi décider un soir plus qu’un autre de se rassembler autour d’un ordinateur pour regarder des séries disponibles à tout moment ? L’agitation qui précède la sortie d’un nouvel épisode, le live-tweet lors de sa diffusion, l’impatience générée par l’attente de la prochaine saison, sont pour moi indissociables des séries, et j’ai du mal à imaginer un modèle reposant uniquement sur le binge viewing, que j’ai cependant pratiqué pour House Of Cards (je ne tenais pas à ce qu’un malheureux spoil sur Twitter ou ailleurs me gâche le plaisir de regarder la série).

Et puis bon en fin de compte, « managed dissatisfaction » ou pas, arrive bien un moment – en l’occurrence maintenant – où on se retrouve obligé d’attendre pour pouvoir voir la deuxième saison.

Quant à l’intérêt pour Netflix de rendre tous les épisodes disponibles en même temps plutôt que de les espacer dans le temps (tout en laissant les épisodes précédents disponibles sur le site pour les retardataires), j’avoue ne toujours pas l’avoir vraiment saisi. Si l’objectif est bien de disposer d’une base d’abonnés croissante, ne serait-il pas plus efficace de se garantir au moins une base constante d’abonnés fidèles à la série, qui après un bouche à oreille convertiraient leurs amis en de nouveaux abonnés ?

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  • http://tristannicolas.com Tristan

    Sans doute par du00e9formation, l’aspect social me semble le plus intu00e9ressant. En effet, pas de live = pas de livetweet et une expu00e9rience du00e9calu00e9e pour chacun. Donc beaucoup moins d’expu00e9rience possible avec le spectateur. nnnDu coup, en terme de promotion, on est plus proche du film que de la su00e9rie, non ? A Londres, la campagne d’affichage est vraiment importante.

  • Julien Pham

    Je commence u00e0 peine u00e0 tester netflix, par contre moi je suis dans un cas diffu00e9rent de l’auteur… du00e9ju00e0 mes enfants adorent pouvoir regarder les u00e9pisodes de leur dessin animu00e9 pru00e9fu00e9ru00e9 quand ils veulent dans leur chambre sur leur ordinateur. nnEnsuite, moi je ne suis pas du genre u00e0 parler de la super su00e9rie qui va sortir u00e0 la TV u00e0 mes amis, car eux souvent soit parce qu’ils ont des amis qui l’ont tu00e9lu00e9chargu00e9 (illu00e9galement, bouh) ou parce qu’ils ont canal +, l’ont du00e9ju00e0 vu. Ben oui quand u00e7a sort u00e0 la TV sur les chau00eenes publiques, sur Canal + u00e7a fait un an que c’est du00e9ju00e0 sorti ^^.nnEt enfin parce que rapport u00e0 notre emploi du temps, on n’a pas le temps de regarder plus d’un u00e9pisode le soir, et donc on se retrouve souvent u00e0 regarder les u00e9pisodes que j’ai enregistru00e9 il y a trois semaines, donc finalement autant avoir de la SVOD dans ce cas lu00e0 ;) nnPour toutes ces raisons pour le moment Netflix me convient, u00e0 un prix raisonnable (8.99 pour avoir la HD). A voir dans le temps toutefois. J’utilisais un service de SVOD autrefois, celui de Free, mais j’avais arru00eatu00e9 car au final je n’aimais pas ce qu’ils avaient, la plupart n’u00e9tait pas en HD u00e9galement, et uniquement visible sur la Freebox. Netflix lui a beaucoup de supports, et la plupart en HD.