Merci TF1, j’ai eu ma dose de culture populaire pour l’année

Hier soir au restaurant, j’ai eu l’occasion de combler mes lacunes en « culture populaire » en regardant les NRJ Music Awards. Bon, je me permets juste une petite digression pour expliquer la phrase précédente – le restaurant en question était le japonais Kim, rue Port-Mahon, et outre le fait que le service y est très aimable (avec en prime chips de crevette et jus de litchi en entrée, et fruits à partager en dessert), il y a une télévision, qui était allumée hier pour cette grande occasion que sont les NRJ Music Awards.

J’ai ainsi pu découvrir – non sans douleur – que parmi les « révélations françaises de l’année » figuraient l’éternel David Guetta (aux côtés de sa tout aussi éternelle dulcinée Cathy qui décidément a l’air de rajeunir de jour en jour) et Christophe Maé (qui ne l’oublions pas, est tout de même Chevalier des Arts et des Lettres) aux côtés de toute une flopée d’ « artistes » dont je n’avais jamais entendu parler (en vrac : Bruno Mars, Mickaël Miro, Elisa Tovati, ainsi que la chaudasse de l’année Shy’m vêtue – ou presque pas en fait – de tenues ô combien douteuses. NDLR : j’avoue avoir triché et regardé les noms que je viens de mentionner – que j’avais déjà oubliés – sur le site des NRJ Music Awards…). Parmi les événements marquants de cette soirée, le groupe le plus beauf de l’année, j’ai nommé LMFAO (Laughing My Fucking Ass Off – ah ah qu’ils sont drôles…), a raflé une bonne partie des prix, tandis que Justin Bieber recevait déjà son Award d’honneur à 17 ans, la pauvre Mylène Farmer n’ayant droit au sien qu’à 50 ans (Edit : en fait c’est un Award de diamant qu’elle a reçu, la veinarde).

La télévision reste aujourd’hui le moyen de communication de masse le plus répandu et le plus accessible. Alors qu’à l’origine, elle était perçue comme un instrument d’information et une fenêtre d’ouverture sur le monde, elle est devenue le support d’émissions tout aussi superficielles les unes que les autres, soumises à la tyrannie de l’audimat. Ce matin, le Parisien nous apprend que TF1 a fait carton plein avec 31% de part d’audience pour cette daube, et il convient de rappeler qu’au petit jeu de l’audimat, TF1 se débrouille plus que bien, la chaîne ayant raflé 99 des meilleures audiences de l’année dernière (si vous ne me croyez pas, c’est écrit ici – oui je sais c’est difficile à croire et pourtant c’est vrai).

Bourdieu dans son essai Sur la télévision se plaignait déjà de l’aura accordée à l’audimat, considéré comme l’unique critère, voire la garantie, d’une certaine « qualité » (en réalité, son analyse porte essentiellement sur l’homogénéisation et la perte d’autonomie du champ journalistique provoqué par l’avènement de la télévision en tant que mass media, mais elle peut également s’appliquer au champ beaucoup plus vaste de la culture). On le sait, les contraintes économiques pesant sur le monde de l’audiovisuel provoquent mécaniquement chez les chaînes une recherche de l’audience la plus large et une poursuite effrénée du plus fort taux d’audimat. Bourdieu cite notamment l’exemple d’Arte qui est « passée, très rapidement, d’une politique d’ésotérisme intransigeant, voire agressif, à un compromis plus ou moins honteux avec les exigences de l’audimat qui conduit à cumuler les compromissions avec la facilité en prime time et l’ésotérisme aux heures avancées de la nuit » (NDLR : une fois encore je triche, j’ai le livre sous les yeux). Mais je me pose quand même la question : n’y a-t-il pas un devoir moral des chaînes de télévision à promouvoir une autre forme de culture, la « vraie » culture, au lieu de nous servir chaque année des émissions anesthésiantes et avilissantes au plus haut point ?

De mon côté j’ai déjà, comme l’avait fait le narrateur du roman La télévision de Jean-Philippe Toussaint, arrêté de regarder la télévision, davantage par manque d’intérêt pour les programmes diffusés sur les chaînes gratuites que par volonté de renoncer à une quelconque dépendance du petit écran. Et je continue d’espérer qu’un jour peut-être, un directeur des programmes aura le courage (même si dans les faits, au vu des rapports de force structurant le monde des medias et des relations économiques liant les chaînes à certains grands groupes, je suis bien consciente que ceci est bien loin d’être uniquement une question de courage) de redéfinir entièrement la ligne éditoriale de sa chaîne pour proposer une grille de programmes bien construite et s’éloignant autant que possible du conformisme actuel…

NB : A ceux qui me diront « t’as qu’à regarder Arte ou Canal » : Arte oui, Dieu merci, il nous reste une chaîne culturelle à regarder (et malgré ce que pourra en dire Bourdieu je trouve la chaîne encore bien loin de la recherche de l’audimat à tout prix), quant à Canal+ : c’est payant, et malheureusement ceux qui y gagneraient le plus à la regarder en lieu et place d’autres chaînes sont bien souvent ceux qui n’en ont pas les moyens…

Réseaux sociaux et force des liens faibles

Parfois, je me pose des questions sur la façon dont je gère mon identité sur les réseaux sociaux.
Je ne tiens pas ici à parler de l’éternel débat entre les partisans du « toute ma vie est sur Facebook » et ceux du « et bah moi, mon mur et toutes mes infos ne sont accessibles que par moi, ma vie est confidentielle, le méchant Facebook ne m’aura pas comme ça » (ah, ah). Chacun fait ce qu’il veut, personnellement j’ai du mal à croire que ce qui est publié sur un mur puisse être si préjudiciable que ça, et je me dis que les personnes qui sont suffisamment stupides pour se faire « avoir » par ce qu’elles publient sur les réseaux sociaux ne sont probablement pas des lumières non plus IRL… (Je repense à la malheureuse Stef… qui avait accepté la DRH d’une entreprise avant de passer un entretien avec elle et qui avait eu la bonne idée de se lâcher sur son mur Facebook après son entretien – par ailleurs échoué. La photo avait pas mal tourné l’année dernière, mais je la remets ici au cas où, elle me fait encore sourire…)

Bref, je m’égare (si le sujet vous intéresse, je me souviens qu’un reportage plutôt pas mal « Ma vie à poil sur le Net » du journaliste du Monde Yves Eudes avait été diffusé sur Canal+, et il est très certainement possible de le retrouver quelque part… Youtube par exemple).

Liens forts vs. liens faibles : la force des liens faibles ?

Une question que beaucoup de gens se posent est celle de la ligne éditoriale à adopter sur les médias sociaux – de quoi parler sur son mur Facebook, dans ses tweets, etc. Cette question est liée aux problématiques de personal branding, d’e-réputation , tout ça tout ça. Ce n’est pas non plus de ce point que je voudrais parler ici, mais plutôt de la notion de réseau fort ou faible. Les recherches du sociologue Mark Granovetter sur la diffusion de l’information au sein d’une communauté, et sa théorie de la « force des liens faibles » qui en a émané, ont montré que les liens faibles étaient ceux qui favorisaient la circulation d’information entre des cercles de « relations fortes » différents, tandis qu’au sein d’un réseau de liens forts, il existe peu de nouveauté d’informations. Ses études sur un panel de cadres américains ont ainsi permis de montrer que ces derniers trouvaient plus rapidement un poste en s’appuyant sur leur réseau de liens faibles que sur leurs liens forts.
Au vu du nombre de personnes qui m’ajoutent à tour de bras sur Linkedin (« XX has indicated that you’re a friend » étant particulièrement amusant à lire lorsque le XX en question n’a jamais daigné t’adresser la parole en quatre ans d’Ecole…), j’ai tendance à penser que la théorie de Granovetter commence à être connue. Sauf qu’à mon sens, il faudrait ajouter une distinction entre un lien faible et un lien inexistant. Un vrai lien faible suppose quand même un minimum d’interactions pour exister. Je ne vois pas l’intérêt d’accepter des personnes que je n’apprécie franchement pas sous prétexte qu’elles pourraient faire partie de mon réseau de liens faibles. Quand un lien n’a aucune chance d’être activé un jour, alors pour moi ce n’en est pas un (c’est comme un lien mort sur une page Web, ça ne sert à rien).
Je ne dis pas que je n’ai jamais accepté de personnes que je ne connaissais pas, j’ai déjà accepté des invitations « motivées » de type « on ne se connaît pas mais j’ai l’impression qu’on a les mêmes centres d’intérêt et on sera surement amené à se côtoyer un jour ou l’autre » – pourquoi pas, après tout.

« Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables. »

Non, cette jolie petite citation n’est pas de moi, c’est Verlaine qui l’a écrite. Et sa réciproque me semble tout aussi vraie. Et pourtant qui n’a jamais, après avoir rencontré quelqu’un, fait un petit tour sur son profil Facebook, comme ça, juste pour voir quels étaient nos « mutual friends » ? Plus d’une fois, il m’est arrivé de me faire une idée de quelqu’un à partir de ces « mutual friends » (ami de gens que j’aime bien : ça doit être quelqu’un de bien / ami de gens que je n’aime pas – et très clairement j’en ai un certain nombre dans mes amis Facebook : probablement à éviter.) Comme le souligne très justement Verlaine, on court en pratiquant ce genre d’associations le risque de se tromper complètement sur ladite personne.
Sur Facebook, j’accepte plus ou moins tout le monde, je pense que n’importe quelle personne censée peut comprendre que mes 745 « friends » ne sont pas tous mes amis. Mais sur les réseaux professionnels, peut-on réellement faire la même chose ? Que va penser le recruteur qui va voir que je suis « amie» avec un ancien employé incompétent ou détestable ?
En réalité, je n’ai pas de réponse à ça, tout ceci n’a probablement que peu d’importance. Mais dans le doute, je préfère pour l’instant continuer à refuser les demandes d’ajouts de personnes auxquelles je préfère ne pas être associée par un potentiel recruteur. Récemment, j’ai d’ailleurs songé à retirer certaines personnes de mes connexions pour les mêmes raisons, mais je ne l’ai toujours pas fait, sans trop savoir pourquoi. A méditer…

Les films qui m’ont marquée en 2011

Décidément, le temps passe bien plus vite qu’on ne le pense. Il n’y a pas si longtemps que ça, je publiais ici mon top 10 des films 2010, voici maintenant mon top 2011 – tout aussi subjectif que celui de l’année dernière évidemment.

L’Etrangère

L’histoire bouleversante d’une femme d’origine turque qui, épuisée par les maltraitances de son mari, décide de s’affranchir du joug des traditions en s’enfuyant de son foyer et en cherchant un refuge chez ses parents en Allemagne. Malgré leur amour pour leur fille, ces-derniers restent bien plus attachés aux valeurs de leur communauté qu’à celles de leur pays de résidence. Ils finissent par rejeter leur propre fille plutôt que d’avoir à endurer des possibles humiliations et le regard inquisiteur et réprobateur de la communauté à laquelle ils appartiennent. Un très beau film, et un exceptionnel réquisitoire contre l’intolérance d’une société ancrée dans ses traditions.

Drive

Je n’ai jamais été une très grande fan des films d’action, mais Drive est mis en scène avec une telle virtuosité que je suis restée scotchée au film, des toutes premières secondes au générique final. Qualité d’image exceptionnelle, performance inoubliable de Ryan Gosling, et pour couronner le tout, une BO tout simplement parfaite. Merci Nicolas Winding Refn

Une Séparation

Un très beau film sans artifice, porté par des acteurs exceptionnels – le genre de films devant lesquels on ne reste pas simples spectateurs et où l’on partage pleinement les sentiments des personnages.
D’ailleurs, je suis en train de me rendre compte que je n’ai toujours pas eu le temps de voir A propos d’Elly, le précédent film du réalisateur…

Black Swan

Noir. Troublant. Sublime. Un très grand Aronofsky

Et maintenant on va où

Un tout petit peu long à se mettre en place, mais presque aussi bon (en tout cas tout aussi drôle) que le délicieux Caramel (que je recommande très, très vivement à ceux qui auraient vu Et maintenant on va où et pas celui-ci)

Polisse

Je trouvais la présence de Maïwenn dans les trois-quarts des scènes du Bal des Actrices (film que j’ai vraiment beaucoup aimé par ailleurs) assez agaçante, et je crois que mon sentiment d’agacement est vite revenu en la voyant dans Polisse. A peine trois minutes plus tard, ce sentiment s’est effacé, remplacé par de l’admiration pour la réalisatrice / actrice qui signe avec Polisse un film réellement poignant. J’ai ri aux éclats lors de certaines scènes, mon cœur s’est serré pendant d’autres, mes yeux se sont humidifiés parfois. On peut aimer ou non la réalisatrice, nier son talent me paraît plus difficile.

Restless
Après avoir vu la bande-annonce de Restless, je me suis dit qu’il valait probablement mieux que je n’aille pas le voir tant j’ai redouté le mélodrame vaseux et l’histoire d’amour complètement clichée. Effectivement, les personnages sont pour le moins archétypaux, l’histoire est assez simplette, et pourtant, la magie de Gus Van Sant opère.

Super 8
Il fallait bien un gros blockbuster dans ce top, c’est J.J. Abrams qui m’a convaincue, en signant ce très bel hommage à Spielberg. Et mon petit doigt me dit que l’on reverra Elle Fanning très bientôt sur nos écrans, et que c’est vraiment mérité !

La piel que habito
Je ne comprends pas trop pourquoi ce film a été si critiqué, je le mettrais bien dans la liste de mes Almodovar préférés… Et dans un des plus grands rôles d’Antonio Banderas aussi.

Animal Kingdom
Ma claque de 2011. Vraiment dur, mais vraiment bien.

Deep End
Le chef d’œuvre de Skolimowski. J’ai bien envie de le revoir, tiens.

Bon je sais, ça fait 11 films dans un top 10, mais celui-ci ne compte pas vraiment puisque 2011 n’est que l’année de sa deuxième sortie en salles, après celle de 1971.

Mes (plus ou moins grandes) déceptions : Somewhere , The Tree of Life, Shame (il faut dire que j’en attendais beaucoup du tandem Steve McQueen / Michael Fassbender après le très bon Hunger…) , A dangerous method, L’ordre et la morale, Les hommes libres

Et mes bonnes surprises : Le complexe du castor, Intouchables, The Artist, Le Havre, Fighter, Blue Valentine, L’apollonide, souvenirs de la maison close, La guerre est déclarée, Les aventures de Tintin : le secret de la licorne, NEDS, Tomboy, Le discours d’un roi, Présumé Coupable (excellente prestation de Torreton), Minuit à Paris, Melancholia, 50/50, sans oublier le très dérangeant We need to talk about Kevin (Tilda Swinton et Ezra Miller absolument remarquables dans leurs rôles respectifs)

Les films dont j’aurais pu me passer : Time Out (pourtant le concept du temps devenu monnaie me paraissait plutôt bon), Tron, La Planète des Singes : Les Origines, Never Let Me Go, Cowboys et envahisseurs (3ème film avec Olivia Wilde de cette mini-liste, mais je vous assure que je n’ai rien contre elle, bien au contraire), Sex Friends

Les films que je n’ai pas vus et qui auraient pu y figurer d’après ce que j’ai pu lire dans la presse : L’exercice de l’Etat, Les neiges du Kilimandjaro, True Grit, Pater, Balada Triste, Habemus Papam, The green Hornet