L’expo du mois : Stanley Kubrick à la Cinémathèque

Samedi dernier, je suis enfin allée à l’exposition rendant hommage au grand Stanley Kubrick à la Cinémathèque française.

L’exposition retrace, film après film et par ordre chronologique, le parcours de Kubrick: ses débuts en tant que photographe de presse, ses premiers documentaires, ses rencontres-clés avec des producteurs et acteurs, et un espace est consacré à chacun de ses films. On retrouve également des photos prises lors des tournages, des croquis de production, des découpages techniques, des extraits de scénarios (annotés par Kubrick), qui permettent de mieux appréhender les méthodes de travail de ce réalisateur visionnaire.

Au fil des salles se dessine la personnalité du maître : sa passion pour la photographie depuis son adolescence, son goût pour la musique, le design, l’architecture – qui auront une importance considérable pour comprendre l’importance accordée par Kubrick au décor, à l’utilisation de l’espace et des jeux de lumière dans chacun de ses films.

On découvre également le rapport du cinéma de Kubrick à la censure, les thèmes qu’il a traités étant tous particulièrement sensibles (guerre dans Les sentiers de la gloire, pédophilie dans Lolita, extrême violence dans Orange mécanique, etc.) et les vives réactions qu’ont pu provoquer ses films sont illustrées par des lettres (notamment de la part d’organisations religieuses ainsi que de proches de l’armée américaine) lui étant adressées (l’habileté de Kubrick dans ses réponses permettant encore une fois de mieux cerner sa pensée et son caractère).

J’ai trouvé cette exposition particulièrement bien équilibrée et très bien fournie (fiches explicatives sur chaque film, affiches, projections d’extraits de films, correspondance, costumes et accessoires cultes, maquettes, etc.) Cette exposition est une excellente occasion de (re)découvrir les œuvres du réalisateur, de ses tout premiers documentaires jusqu’à son dernier film Eyes Wide Shut, réalisé l’année de sa disparition. J’en suis ressortie avec la ferme intention de regarder l’intégralité des films du Kubrick, notamment les premiers que je n’ai toujours pas vus.

Et pour ceux qui souhaitent voir ou revoir les films de Kubrick et qui ont raté la rétrospective intégrale proposée par la Cinémathèque, une nouvelle rétrospective sera proposée en salles à partir du 1er juin – en voici la bande annonce :

Infos pratiques :
Exposition sur deux étages (ne surtout pas oublier de monter au 7ème étage consacré à Full Metal Jacket et Eyes Wide Shut) : compter environ 2 heures pour tout voir
Tarif plein : 10€ (- 26 ans : 8€)
Fin de l’exposition le 31 juillet 2011
La Cinémathèque Française
51 rue de Bercy, Paris 12ème

Le grand retour de la télévision

L’avènement d’Internet, mort annoncée du poste de télévision ?

Il est loin le temps où la diffusion télévisuelle se limitait à un seul canal de distribution et où les téléspectateurs regardaient la télévision selon un emploi du temps défini à l’avance. Au fil des années, de nombreuses évolutions techniques sont intervenues, bouleversant ainsi le paysage audiovisuel français – introduction de la télécommande pour changer de chaîne à distance, enregistreur de cassettes, puis apparition du câble et du satellite permettant la multiplication des chaînes proposées, développement du numérique, diffusion du haut débit, démocratisation des offres triple play. Ces dernières ont profondément changé les usages de la télévision, en démocratisant notamment la vidéo à la demande, la télévision de rattrapage, le multiposte, ainsi que la télévision sur ordinateur, permettant ainsi aux téléspectateurs de se libérer des grilles de programmation traditionnelles. D’ailleurs, même les acteurs traditionnels de la télévision ont compris l’ampleur que ce phénomène allait prendre et se sont rapidement positionnés sur ce marché – Canal + avec CanalPlay, Arte avec Artevod, etc. Et les FAI tels que Free, Orange et SFR de lancer également leurs plateformes de VOD, rendant la frontière entre réseaux et contenus de plus en plus poreuse, et ravivant sans cesse le débat de la neutralité du Net (à ce sujet, j’ai l’impression que l’acquisition par Vivendi des 44% qu’il lui manquait chez SFR a fait beaucoup moins de bruit que la prise de participation d’Orange chez Dailymotion – les problématiques liées ne sont-elles pas fondamentalement les mêmes ?)

Nombreux sont ceux qui se sont alors empressés d’annoncer la mort future de la télévision, jugée complètement désuète par rapport aux innombrables possibilités offertes par Internet : avec Internet, je peux regarder ce que je veux, dans la langue que je veux, et quand je veux. Et les récents développements dans le monde du streaming sur Internet semblent donner raison à ces prédictions. Les séries TV, longtemps restées l’apanage des chaînes traditionnelles, sont de plus en plus regardées sur Internet, tout d’abord via la catch-up TV proposée par les chaînes elles-mêmes, mais également sur des sites spécialisés en streaming. Netflix (géant américain du streaming) a ainsi frappé deux grands coups récemment : tout d’abord en obtenant l’exclusivité sur la diffusion de House of Cards, future série de David Fincher et Kevin Spacey, puis en annonçant l’achat des droits exclusifs de rediffusion de la série Mad Men (plus d’infos ici).

Mais c’était probablement enterrer la télévision avant son heure. Tout d’abord, selon une étude Médiamétrie parue en février, les Français regardaient en 2010 la télévision 3h32 par jour (je pense plafonner à 1h… en une semaine…), soit 7 minutes de plus qu’en 2009. Mais surtout, annoncer la mort du poste de télévision reposait sur l’hypothèse fondamentale qu’Internet était synonyme d’ordinateur. Et ça, ce n’est plus tout à fait vrai, et il se pourrait bien que le vieux poste de télévision change la donne et parvienne à reconquérir le cœur des utilisateurs aux dépends de l’ordinateur de bureau.

Quand la télévision devient sociale

Personnellement, je ne regarde que très (très, très) rarement la télévision sur ma télé, d’une part parce que le contenu proposé via ma box ne me plaît pas vraiment, d’autre part parce que je n’aime pas être soumise à des contraintes horaires pour regarder telle ou telle série (encore moins pour la voir en français et avec je ne sais combien d’épisodes de retard). Mais quand je le fais, vous pouvez être certains que mon ordinateur est sur mes genoux et que mon téléphone n’est pas bien loin.


The Big Bang Theory, Saison 4, Episode 20

Cette capture d’écran (d’un épisode où le duo Sheldon-Amy m’a fait particulièrement rire) représente pour moi le signe que CBS a enfin compris que l’époque où la télévision cherchait à capter 100% (ou 90%, afin de ne pas oublier la concentration requise pour manger son popcorn ou son bol de glace) de l’attention du téléspectateur était révolue. Dorénavant, la télévision se prolonge sur les réseaux sociaux, chacun pouvant commenter en direct les programmes diffusés à la télévision. En invitant ses téléspectateurs à tweeter en direct avec les acteurs de série ou a se connecter à son site web, CBS cherche à fédérer son audience et à créer une véritable communauté active de téléspectateurs. Cela va ainsi bien au delà de la démarche du téléspectateur qui tweete pour ses followers, puisqu’il s’agit à présent d’échanger avec des personnes – que vous connaissez ou pas – qui regardent la même chose que vous au même moment. Ainsi à chaque diffusion d’un épisode de la série Glee aux Etats-Unis (au fait, quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi tout le monde en parle ? J’ai regardé 3 épisodes et ça m’a suffit…), on recense environ 25 000 tweets postés chaque minute.

Face aux interactions grandissantes entre la télévision et Internet, le MIP TV (premier marché international des contenus audiovisuels qui s’est tenu à Cannes du 4 au 7 avril) s’est doté cette année d’un « Connected Creativity Forum », destiné à des démonstrations d’applications (destinées à la télévision, le smartphone ou les tablettes) visant à rapprocher encore un peu plus ces deux mondes. La liste des vainqueurs du concours de start-ups CC Ventures organisé lors de cet événement est diponible ici (en anglais).

De la télévision quand je veux à la télévision que je veux

Derrière l’idée de télévision connectée, c’est avant tout l’idée d’une télévision personnalisée qui se profile. Qui dit télévision connectée dit accès aux réseaux sociaux que je fréquente, et donc accès aux informations que je partage. Au fond, peu m’importe que ce soit Google, Apple, Facebook, un FAI ou un acteur complètement nouveau qui me fournisse le contenu que je regarde, tout ce que je souhaite, c’est que ce contenu corresponde à mes attentes et à mes goûts.

Alors la télévision de mes rêves, c’est :
- Une chaîne d’infos proposant du contenu enrichi sur chaque sujet que je souhaiterais approfondir
- Une chaîne de cinéma qui me recommande des films en fonction de mes goûts (par exemple à partir des notes et critiques que j’attribue aux films que j’ai vus sur Sens Critique)
- Une chaîne de séries mettant en avant des séries que je pourrais aimer en fonction de celles que je regarde le plus souvent
- Une chaîne de musique connectée à ma bibliothèque iTunes diffusant les clips de la musique que j’aime en intégrant également les recommandations Genius (avec des pop-ups indiquant les dates des prochains concerts de tel ou tel groupe, voire un lien vers Digitick pour acheter directement les places)

Bon, il va falloir que je m’arrête parce que je me fais du mal, on n’y est pas encore…

A plus court terme, regardez déjà cette jolie vidéo réalisée par Wahid R. & co sur une évolution possible de la Livebox Orange (c’est vrai, ça sera comme ça en 2012 ? ☺ )

 

Et pour ceux que le sujet intéresse, j’ai commencé un petit Pearltrees sur les terminaux connectés ici :
tv & connected devices