La consommation collaborative

C’est lors d’un cours de Cross-Cultural Management que l’idée de commencer un blog m’est venue (malheureusement pas par intérêt quelconque pour ce cours mais par refus de perdre 3 heures par semaine à écouter deux profs nous faire un déballage de poncifs et de stéréotypes sur la communication inter-culturelle), c’est également lors de ce cours que je puise mes idées d’articles. Regardant par dessus mon épaule pour voir comment pouvait bien s’occuper mon voisin de table, je constate qu’il est tranquillement en train de remplir la page Wikipédia des élections cantonales en Loire-Atlantique pour chaque canton (Résultats publiés ici et consolidés par mon cher voisin ici). Bon, d’accord il n’a pas choisi la Loire-Atlantique par pur hasard (il vient de Nantes), mais quand même. J’ai toujours admiré les contributeurs de Wikipédia, mais j’avoue m’être souvent demandée qui pouvait bien passer (sous-entendu perdre) son temps à écrire des articles sur Wikipédia. Et mon voisin de m’apprendre qu’il le faisait beaucoup en prépa, essentiellement des traductions de pages anglophones, « juste comme ça ».

Une économie du partage

Le partage, la collaboration, la coopération, sont des sujets très en vogue en ce moment. Ce qui, à mon sens, présente avant tout de nombreux avantages – facilitation de la diffusion d’information, partage d’expériences (ratings d’hôtels et de restaurants, témoignages pertinents sur des forums de santé, etc.). Ainsi, je me rends sur Tripadvisor avant de réserver un hôtel, Allociné avant d’aller voir un film (ce qui ne m’a pas empêchée d’aller voir Never Let Me Go avec – non je pense qu’il vaut mieux taire l’identité de ladite personne afin de préserver sa réputation…), lis les avis des contributeurs de Qype (et assimilés) avant de tester un nouveau bar ou un nouveau resto, etc. Et je contribue assez peu en dehors des liens que je tweete et des tips que je laisse sur Foursquare. Autrement dit, je collabore peu, mais je consomme beaucoup. Collaboration et consommation, deux mots qui semblent s’opposer : à l’idée de communauté véhiculée par la notion de collaboration s’oppose celle d’individualité associée à la consommation. Alors l’expression consommation collaborative est-elle antithétique ?

De la possession à l’usage
L’expression « consommation collaborative » a, à ma connaissance, été forgée par Rachel Botsman et Roo Rogers, auteurs de What’s Mine is Yours – The rise of collaborative consumption. Je n’ai pas lu le bouquin, mais j’ai en revanche regardé cette excellente vidéo Ted de Rachel Botsman présentant le concept (non elle n’a rien inventé si ce n’est une expression pour décrire une pratique, mais la vidéo n’en demeure pas moins intéressante pour autant) :

Et pour les pressés qui n’ont pas voulu cliquer sur la vidéo, regardez au moins celle-ci (3 minutes au lieu de 15) qui en fait un bon résumé :

Ainsi, la collaboration collective, c’est le fait de prêter, louer, échanger des objets au sein de communautés de pairs. A l’économie de la possession (et du stockage inutile) se substitue une économie de l’usage. Les exemples cités par Rachel Botsman dans son talk sont convaincants : tout le monde a une perceuse (pas moi ^^) – qui ne sert en moyenne que douze minutes – alors que ce qui nous intéresse, « c’est le trou et non la perceuse ». De même, on ne se sert en moyenne de sa voiture qu’une heure sur 24, alors autant la partager ou la louer. J’aime bien cette image (je ne sais pas de qui elle est, je l’ai récupérée sur cet article de Bruce Sterling sur Wired) représentant l’évolution du marché automobile, de la possession à l’usage via la location de pair à pair.

 

Le capital « réputationnel »,  monnaie de l’économie de l’usage

Comment cette nouvelle économie peut-elle fonctionner sans qu’il y ait de profiteurs ? Un peu à la manière des sites tels qu’Ebay ou Amazon : lorsque vous effectuez une transaction vous recevez une note, et vous vous construisez ainsi une réputation. Plus votre rating est élevé, plus on vous considèrera comme une personne de confiance, et plus les gens voudront échanger avec vous. La monnaie est ainsi dématérialisée, chacun tentant non pas de s’enrichir mais d’augmenter son capital « réputationnel », nouvelle monnaie sociale.

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  • http://twitter.com/tristan_ Tristan

    Ce sujet est passionnant, et j’ai l’impression qu’il y a beaucoup d’initiatives qu’on pourrait valoriser ou de projets à monter. Un Pearltrees sur le sujet ? (parce que là, c’est clairement un sujet à « curater »).
    Et merci pour ma réputation.

  • http://consommationcollaborative.com Antonin

    Bonjour Viviane,

    Content de tomber sur ton blog et merci pour cet article.
    La « collaborative consumption » pose effectivement beaucoup de questions… Le terme est-il approprié ? Quelles seront les implications de cette nouvelle économie du partage en train d’émerger sur le plan économique, social, sociétal ?
    J’ai commencé un blog sur ce thème sur lequel tu es peut-être tombée : consommationcollaborative.com. Le blog va faire peau neuve dans les prochaines semaines et de nouveaux contributeurs vont me rejoindre.
    Si cette thématique t’intéresse, je serais en tout cas ravi d’échanger sur Twitter ou directement (et avec Tristan peut-être!) et . Il y a vraiment un espace pour communiquer sur cette tendance en France et il y a très peu d’information sur le web français à ce sujet. J’ai commencé un pearltrees d’ailleurs : http://www.pearltrees.com/#/N-u=1_127837&N-p=9612262&N-s=1_1381099&N-f=1_1381099&N-fa=1381099 Si vous souhaitez faire équipe, vous êtes les bienvenus !
    Les deux sites références anglo-saxons : http://www.collaborativeconsumption.com/ (d’où est tirée l’image que tu as reprise) et http://shareable.net/

    A bientôt !

    • viviane

      Bonjour Antonin,
      Merci pour le commentaire, et pour le Pearltrees, il est déjà bien rempli !
      Je ne connaissais pas ton blog, ni shareable.net (je n’ai pas fait énormément de recherches sur le thème avant d’écrire cet article), mais je trouve effectivement le concept très intéressant et prometteur.
      A bientôt donc (sur Pearltrees, twitter & co) !

    • http://twitter.com/tristan_ Tristan

      J’ai demandé à faire équipe sur Pearltrees.

  • Aline

    @Tristan, c’est donc ça que tu as vu !! Je comprends pas pourquoi vous avez pas aimé, tiens. C’est très bien !

    • http://twitter.com/tristan_ Tristan

      Je ne vois pas de quoi tu parles…

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